dimanche 20 novembre 2022

FLPF, le raid en aller-retour

FLPF pour Firminy - Le Puy - Firminy. Parce que ce qui est bien avec ce format de course qui va d'une ville à une autre, c'est qu'on peut le faire en aller-retour ! Ben oui, pourquoi pas ? Il y en a bien qui font ça depuis des années sur la SaintéLyon (n'est-ce pas Thierry ?)... Sur Le Puy - Firminy ça a déjà été fait aussi, deux fois. Christian avait lancé le concept en 2010 avec Jean-Mi Touron, puis en 2017 il avait récidivé accompagné cette fois de Thierry et Bernard. Cette année là je prenais le départ de Le Puy - Firminy pour la première fois, sans aller au bout, alors autant dire que j'étais très impressionné par leur aller-retour.

Mais la graine de folie était semée, et fin 2019, après avoir bouclé mon deuxième Raid Le Puy - Firminy, j'avais laissé entendre que si Christian repartait sur l'aller-retour en 2020 je serais bien tenté de l'accompagner. Le projet commençait à germé mais a vite été écrasé par deux années de Covid.

Cette année enfin, le paysage épidémiologique s'est éclairci, Gérard Chambon et le CLCS sont au taquet, le Raid Le Puy - Firminy aura bien lieu ! Christian est toujours motivé pour l'aller-retour et moi aussi. Thierry, en grand spécialiste de ce genre de bêtises, ne peut qu'être de la partie aussi.

 

Voici donc le récit de l'aller-retour FLPF en trio

Les photos - Le film - La trace aller - La trace retour

 


L'aller : Firminy - Le Puy : le 19/11/2022 de 9h07 à 20h21

Venus de Lyon en voiture avec Thierry, nous retrouvons Christian et Elisabeth à Firminy devant la salle du CLCS, lieu de l'arrivée du Raid Le Puy - Firminy, donc notre lieu de départ aujourd'hui. Gérard Chambon (organisateur et accessoirement cousin de Christian) est déjà là avec d'autres vaillants membres du CLCS. Quelques bavardages, un petit café, la photo devant la borne (voir ci-dessus), et on va devoir s'y mettre, il est déjà 9h ! D'abord on laisse nos sacs d'affaires de rechange à Gérard pour qu'il nous les emmène au Puy ce soir (ça parait évident dit comme ça...).

A 9h07 précises nous voici tous les trois en position de départ devant la salle du CLCS à Firminy, Elisabeth immortalise la scène avant de sauter dans son Kangoo, et c'est parti pour une journée de course/marche/papotages/tourisme/dire tout et n'importe quoi sur tout et n'importe quoi/etc... à travers la Haute-Loire... reportage :

Après quelques minutes d'échauffement, les ânes de la sortie de la sortie de Firminy nous attendent pour faire des selfies, nous souhaiter bon courage et nous dire qu'on est vraiment très beaux (enfin un truc comme ça).

Nous laissons Firminy et le "bel" immeuble de Le Corbusier derrière nous et adoptons la stratégie de la journée : dès que ça monte, même un tout petit peu, on marche, et donc, on papote ! 

A partir du km 4 ça descend franchement, donc on trottine tranquillement jusqu'au fond des gorges de la Semène, qu'on franchit sur un petit pont.

Une bonne remontée bien trailesque pour sortir des gorges et nous voici sur les champêtres hauteurs d'Aurec, entre champs et vaches.

11h07, km 13 : petit arrêt photo-culturel devant l'église de la Chapelle-d'Aurec.

Dans la descente qui suit, Christian nous expose son plan de tentative de variante de parcours avant Monistrol. Il s'agit de longer la route un peu plus longtemps que prévu par le chemin qui lui-même longe la conduite d'eau de la Stéphanoise des Eaux. Action, réaction, c'est ce que nous faisons ! Et c'est pas mal, ça évite un bout de route en restant sur le chemin.

Il est midi lorsque nous arrivons au km 20 à Monistrol-sur-Loire où nous attendent nos super-suiveuses et le Kangoo-ravito super-garni !

Après 35 minutes d'arrêt il est temps de se remettre en route dans la joie, d'autant que le soleil a fait son apparition. Nous reprenons notre rythme tranquille mais néanmoins régulier le long de la ligne-droite-de-la-mort-de-Monistrol avant de descendre pour un double passage sous le viaduc de Pont-de-Lignon, mais aussi sur le pont sur le Lignon (altiligérien, à ne pas confondre avec le Lignon ligérien). Et comme un pont peut en cacher un autre, et pas des moindres, nous traversons la Loire sur le superbe Pont de Confolent où un selfie s'impose.

Sur l'autre rive, c'est Confolent, et sa fameuse Boule de Confolent : le bar de l'amicale bouliste qui sert de ravito sur le Raid Le Puy - Firminy. Et bien en ce samedi à 13h30 on peut y déguster des escargots et des moules ! Un gars du coin nous encourage à y goûter, mais on lui explique que ça ne serait pas une très bonne idée puisque on va au Puy à pied (ça c'est une bonne idée !), mais qu'on repassera cette nuit dans l'autre sens... peut-être qu'il restera encore des mollusques à gober ? Mouais... en tout cas notre gars semble avoir du mal à réaliser qu'on va vraiment au Puy à pied, de notre propre gré, et donc il nous indique la gare qui est juste à côté. Pas de chance, on vient juste de louper un train. Ah mais sinon vous avez une gare à Retournac. Oui mais non merci, on y va à pied en fait.

Et ce qui est bien en y allant à pied, c'est qu'on apprend plein de choses, comme par exemple que les crues de la Loire peuvent monter très haut dans la région...


Bon, nous aussi il faut qu'on monte, pas très haut, mais tout de même, ça grimpe, puis ça faux-plate, jusqu'à la Croix-de-l'Orme, où un vilain nuage pluvieux fonce droit sur nous. On tourne à gauche pour redescendre mais on n'y échappera pas.

A 15h40 après avoir pris un peu de grésil sur la tête, les plus beaux sont à Beaux, où il ne fait jamais beau, mais où il y a le Kangoo-ravito !

Après Beaux il y a Malataverne, puis l'interminable remontée le long de la D7 jusqu'au local à poubelles de Coindet qui sert de ravito pour le Raid LPF. Et puis la nuit qui tombe tôt en cette saison. Nous passons devant la belle église de Malrevers à 18h30, le temps de réaliser qu'à chaque fois qu'on passe ici fin novembre il fait nuit... ils n'ont pas de chance les habitants ici, il y fait toujours nuit !

Les 12 derniers kilomètres vont être gérés tranquillement en maximisant les portions marchées. C'est qu'il faut en garder un peu pour le retour.

Il est 20h20 lorsque nous avons la joie de finir le trajet aller, sous les projecteurs du stade Lafayette du Puy-en-Velay.

On a donc 3h40 pour se reposer, se changer, manger, avant le départ du Raid Le Puy - Firminy à minuit. Sauf qu'on a un peu omis de dire clairement à Gérard qu'on avait besoin de nos sacs ici, et pas seulement à l'arrivée. Finalement il nous les apportera un peu après 23h00. Ca fait un peu court pour digérer nos pâtes mais au moins on pourra repartir repus et au sec.

Entre temps la salle du stade s'est bien garnie de coureurs et marcheurs, dont beaucoup de copains de Kikouroù qui nous rejoignent au fond de la salle, qu'on a un peu annexé avec tout notre bazar...


Le retour : Raid Le Puy - Firminy : le 20/11/2022 de 0h02 à 11h34

A 0h02 au stade Lafayette, le coup de pistolet claque du premier coup et c'est le départ du Raid Le Puy - Firminy pour 300 coureurs et marcheurs frais et frétillants... et 3 coureurs-marcheurs super motivé mais avec déjà 68,5 km dans les pattes et des pâtes dans le ventre. La nuit va être longue pour Thierry, Christian et moi.

Dès le départ nous passons au petit trot avec Thierry, et les jambes répondent étonnamment bien. Christian est un peu derrière je crois.

Quand arrivent les premières montées je me rends vite compte que Thierry est mieux que moi et je le laisse donc partir pour me mettre dans mon rythme. Je suis plutôt bien, ça fait plaisir d'avoir du monde autour, même si je me retrouve vite avec les gros marcheurs du peloton que je rattrape facilement en descente, mais qui sont impressionnants de puissance et de vitesse en montée. De quoi faire de belles parties de yoyo jusqu'au ravito de Malrevers au 12e km que j'atteins à 1h35. Les pains au chocolat sont là, miam miam, et je repars au bout de 5 minutes.

Alors que je suis en pleine partie de yoyo avec un marcheur, au 16e km je passe devant, entre dans Rosière, avec ses jolies maisons en pierres, et je déboule sur la grande route au centre du village. Pas normal ça ! J'ai manifestement loupé une balise et me voilà en train d'arpenter cette route en cherchant la bonne direction. A l'approche d'un rond-point, je vois plusieurs frontales venant à ma rencontre. Je me dis que c'est bon j'ai retrouvé le parcours... joie de courte durée puisqu'ils me disent qu'ils sont perdus et me demandent par où il faut aller. On est bien barré avec ça. Demi-tour, on retourne au centre de Rosière, et là enfin on a la chance de croiser un coureur qui nous a vu passer et qui nous remet sur la bonne route, merci beaucoup à lui !

Cette erreur m'aura coûté presque un quart d'heure. C'est rageant mais je me reconcentre vite dans la longue montée vers Coindet. A 2h58, je vois le local à poubelle de Coindet, petite lumière dans la nuit, c'est ici que se tient le ravito du 20e km. Une petite madeleine, un verre de sirop de pomme, et c'est parti pour la longue descente vers Malataverne le long de la D7. Chaque année ces 5 kilomètres semblent très longs mais là c'est encore pire car je ne peux pas vraiment accélérer. En fait je suis toujours sur le même rythme qu'à l'aller, ce qui est parfait pour durer car la route est encore longue, n'empêche que je ne dépasse pas les 9 km/h en pointe ! 

A 3h50 je traverse enfin Malataverne. Plus qu'une petite bosse avant d'arriver à Beaux, au 30e km où, en entrant dans le ravito, je croise Marc et sa fille qui repartent. Il est 4h21. Christian et Thierry sont là et se demandaient où j'étais passé. Je leur raconte vite fait mon égarement à Rosière pendant qu'ils finissent leur soupe, puis ils repartent dans la nuit. Moi aussi je vais prendre une soupe (malheureusement pas salée ce qui me fera faire beaucoup d'arrêts pipi dans l'heure suivante) avec quelques bouts de fromage et du pain.

Après 15 minutes de pause je repars avec Bernard, qui était là aussi (c'est pour ça qu'il est sur la photo ci-dessus, logique...). En sortant on croise Jean-Claude qui arrive, lui qui fait tout en marchant semble être sur un bon rythme !

Dans la descente, sur route puis sur sentier caillouteux, Bernard sent que je vais un peu trop vite pour lui et il me dit de ne pas l'attendre. On se reverra bientôt de toute façon.

Je passe seul à Vaure, ce petit village en pierres qui me fait lever les yeux de mes pieds pour contempler les jolies maisons à la lueur de ma frontale. C'est ainsi que je me rends compte que ça faisait longtemps que je n'avais pas regardé en l'air, et que les nuages ont complètement disparu laissant la place à des milliers d'étoiles autour de la majestueuse Orion, c'est superbe !

J'ai encore la tête dans les étoiles lorsque je traverse la Loire à Bransac avant de replonger dans la nuit noire en commençant la montée vers la Croix de l'Orme. Il n'est pas tout à fait 6h du matin quand le sommeil me tombe dessus. Mes yeux se ferment et je me mets à piquer du nez en marchant. Comme à la fin de l'Echappée Belle au mois d'août sauf que là je ne peux pas me focaliser sur les mollets de Christian pour avancer, ils sont un peu trop loin devant, les mollets de Christian... C'est très désagréable mais il faut coute que coute continuer à avancer. Il doit faire 3° tout au plus et il n'est pas question de s'endormir au bord de la route. Dès que la pente s'adoucit et que je peux trottiner ça me réveille un peu, mais dès que je dois repasser à la marche je me rendors. J'en suis à me dire que je vais dormir au ravito de Confolent, même une ou deux heures s'il le faut, peu importe.

Il est 6h36 lorsque j'entre dans le bar de la Boule de Confolent au 43e km. L'ambiance est totalement différente de la veille, il n'y a plus d'escargots ni de moules à manger d'ailleurs... mais en fait je n'y pense plus du tout à ce moment-là, je ne pense plus à grand-chose en fait. Ayant couru un peu avant d'arriver au ravito je me suis un peu réveillé et n'envisage plus de dormir là.

Après 20 minutes de pause pour me refaire la cerise à coup de café et de croissants je pars de Confolent, traverse le pont sur la Loire, puis celui sur le Lignon, puis ça grimpe, donc je marche... et je recommence à m'endormir. Pffff c'est dur de luter contre le sommeil, vivement que le jour se lève. Au pire je dormirai au ravito de Monistrol. Mais avant il faut survivre à l'interminable ligne-droite-de-la-mort !

Au bout de la nuit, de la ligne droite, de moi-même, je vois enfin la lumière de l'aube sur Monistrol.

Je commence à peine à me réveiller quand j'entre dans le centre-ville au 49e km. Il est 8h00, l'église sonne, le ravito est là mais je n'y dormirai pas. Je vais même très vite en sortir, le temps d'avaler un thé bien sucré et je sors au bout de 5 minutes. Maintenant que je suis réveillé je ne veux pas faire retomber la dynamique (c'est un bien grand mot à ce stade mais c'est l'idée...) donc je file (ça aussi c'est un bien grand mot !).

La Chapelle-d'Aurec arrive assez vite, malgré les besoins naturels qui font perdre du temps et les releveurs de pieds qui commencent à chatouiller. Je pointe au ravito à 9h20, 56e km.

Il fait beau, plus très froid, je peux enlever ma veste et malgré mon releveur gauche qui tire de plus en plus je peux encore trottiner dans les champs d'Ouillas, ça fait plaisir.

Les Gorges de la Semène sont encore plus belles que la veille avec ce soleil et ces couleurs d'automne. Et comme je descends tout doucement j'ai le temps d'en profiter.

Je franchis la Semène à 10h35, la crêpe n'est pas loin !

La remontée est raide mais la crêpe de Lafayette ça se mérite ! A 10h45, 64e km, c'est la régalade à l'abricot !

La fin est une formalité. Mes releveurs grincent (surtout à gauche) mais je m'en fiche, j'entre dans Firminy le poing serré, et je marche tranquillement jusqu'au boulevard de la Corniche et passe au trot quand ça devient plat dans le dernier kilomètre. Il faut bien, c'est quand-même plus classe de finir en courant, qui plus est quand j'entends en bas, devant la salle du CLCS, les encouragements enthousiastes d'Elisabeth qui attendait mon arrivée triomphale, c'est super chouette !

Après 68,5 km depuis Le Puy, 137 km au total depuis la veille ici-même, j'entre dans la salle du CLCS à 11h34 sous les applaudissements, incroyable !

La plupart des copains sont déjà là. Il doit ne manquer que Bernard et Jean-Claude qui arriveront bientôt et tout ce petit monde pourra partager sa joie d'arriver au bout d'un beau défi.

Celui qu'on a partagé sur l'aller-retour avec Thierry et Christian est extraordinaire et mérite quelques photos pour marquer le coup : sur la ligne d'arrivée, et la bise à la borne !


Place maintenant à la récup avec les fameuses saucisse-lentilles ! Puis s'en suivra une bonne sieste digestive...

A la remise des prix on aura même droit à une grosse coupe pour notre aller-retour, quel honneur ! (surtout pour Thierry qui se fera appeler Bernard pour l'occasion ha ha !)

Ainsi s'achève ce récit un peu décousu d'une aventure hors du temps qui marque la fin d'une saison 2022 très spéciale dont je ferai le bilan bientôt. En attendant il faut que je soigne mon releveur gauche pour repartir, je l'espère, sur de nouvelles escapades folles en 2023.


FIN...







 

 

 

dimanche 21 août 2022

Traversée Nord, la belle ne m'a pas échappé !

 

Précédemment dans l'Echappée Belle Traversée Nord

2020 : abandon à Val Pelouse sur explosion mentale

2021 : la revanche, qui tourne court à Super Collet sur explosion physique

2022 : la belle ! (et the bell aussi...)

Les photos - Le film - La trace

 

Après un bon début de saison jusqu'au Grand Raid 73, je suis parti en road-trip scandinave pendant un mois, ponctué de quelques randos mais très peu de course à pied, avec surtout beaucoup d'heures de route assis sur le siège du camping-car. La reprise par grosses chaleurs début juillet a été laborieuse et j'ai vraiment eu du mal à retrouver des sensations correctes à l'entrainement. C'est aussi la chaleur caniculaire qui m'a convaincu d'avorter mon projet de grosse sortie sur deux jours en montagne début août. Les sensations reviennent quand-même peu à peu et une semaine avant la course je fais une dernière sortie montagne pas trop longue dans le Beaufortain, surtout pour le plaisir.

Au moment de prendre le train pour Aiguebelle je ne sais pas vraiment où j'en suis physiquement mais ça va, sans être vraiment confiant, je suis assez serein. J'ai été moins obsédé par la course les semaines précédentes qu'auparavant. Ce n'est que quelques jours avant que j'en ai parlé à la famille (je n'ai même rien mis sur FB) et que j'ai commencé à me mettre un peu la pression, mais une bonne pression, celle de ne pas décevoir et de sonner la cloche pour de bon. Mentalement je me sens prêt ! Et c'est ainsi que je m'endors à 21h le vendredi sous ma tente à Aiguebelle...

Prêt pour la bataille !

Samedi 20 août, la course

Déjà c'est clair dans ma tête, samedi 20 août c'est un jour de trail presque comme un autre, car LE grand jour, c'est demain, dimanche 21 août, quand je sonnerai la cloche !

Bref, là il s'agit de se lever à 2h25, de prendre la navette à 3h30 pour se rendre au départ d'un parcours qui n'a quasiment pas changé depuis l'année dernière. La seule différence c'est que le dernier ravito du Pontet a été remplacé par le Bourget-en-Huile 4 km avant. Ca fait un mini détour qui porte le total de la course à 84,5 km pour 6200 mD+.

Le profil des réjouissances

De Fond-de-France au Chalet de la Grande Valloire : km 14,6 en 2h58

Comme l'année dernière je pars dans la vague n°2. Dès que la n°1 est partie, un peu après 5h10, j'entre dans le sas de départ et vais boire un petit café. Je suis vite rejoint par Elisabeth et Bubulle (que nous appellerons Christian). Elle assurera son rôle de super-suiveuse pendant que lui fera la course pour prendre sa revanche sur l'an dernier (comme moi mais pour d'autres raisons). Alors qu'on papote et que l'heure du départ approche, voici enfin Ingrid et Spir (que nous appellerons Sylvain) qui arrivent. Même topo, elle sera la super-suiveuse et lui sera le super-coureur !

Le départ est donné à 5h34, et c'est dans la joie et la bonne humeur que s'élance le deuxième tiers des 470 coureurs au total, qui au bout de 200 mètres deviennent des marcheurs... car on attaque déjà la première montée. Celle-ci sert d'échauffement car bien qu'un peu longue (5 km) elle n'est pas très pentue ni difficile. Sylvain est déjà un peu devant alors que Christian et moi basculons dans la descente après moins de 55 minutes de course, non sans un coup d'œil sur le versant d'en face où le soleil levant pose ses premiers rayons sur les pistes de ski du Pleynet.

Même si j'ai vite perdu Christian de vue, la descente sur le Pissou se passe bien, mieux que l'an dernier où j'avais été surpris d'avoir déjà les cuisses dures en bas. Là ça va, et ça relance tranquille jusqu'au kilomètre 10, le pied de "Colzilla" le monstrueux Col de la Valloire !

Le Bréda, vers la cascade du Pissou

A l'assaut donc du bestiau de 1700 mD+, il s'agit de prendre un rythme de montée tranquille d'autant que, si elle est déjà un peu raide, la première moitié jusqu'au Premier Chalet de la Grande Valloire n'est pas techniquement difficile. Je dois être sur du 650 mD+ à l'heure, sans trop forcer mais sans avoir envie d'aller plus vite non plus, c'est bien comme ça et je rentre petit à petit dans le vif du sujet et dans ma course.

Je mets 1h15 depuis le pied pour arriver au ravito en 2h58 de course, soit une minute de plus que l'an dernier sur cette première section. Ce n'est pas très glorieux sachant qu'en 2021 j'étais dans une mauvaise journée, mais je n'y pense même pas car cette fois, les sensations sont bien meilleures, et puis je pense surtout à ma routine de ravito : 1 gobelet de Coca, 1 gobelet de St-Yorre, remplir les deux bidons d'eau, et aussi une flasque supplémentaire car le prochain ravito est loin, mettre du bon manger (saucisson, fromage, pain) dans le petit sac plastique prévu à cet effet dans ma poche, et repartir sans s'éterniser.


Le ravito du Chalet de la Grande Valloire est juste à gauche


Du Chalet de la Grande Valloire à Périoule : km 26,0 en 7h30

Comme il y avait un peu de monde au ravito j'ai dû y rester un petit peu plus de 5 minutes, et j'en repars donc tranquillement en me repoudrant le bidon et en grignotant.

Cette section jusqu'à Périoule est la partie la plus "Belledonnienne" du parcours, avec l'enchaînement des cols de la Valloire puis de Morétan, dont les pentes raides et couvertes de cailloux mal rangés, en montée comme en descente, m'avaient fait bien mal l'année dernière.

Dans la montée du col de la Valloire, dont la difficulté va crescendo au fil des lacs (Blanc, Noir, Glacé), je suis lent mais je me sens plutôt bien. On me double un peu, je double un peu aussi, tout le monde est dans l'effort là !

Le Lac Noir

Traileurs à l'ouvrage entre les lacs Noir et Glacé

Après le Lac Glacé (qui ne l'est pas du tout cette année) on est vraiment dans la caillasse, et je ne fais pas l'erreur de garder les bâtons en main. Ca a beau être raide, j'avance beaucoup mieux sans avoir à gérer quatre points d'appui, c'est déjà suffisant de savoir où bien poser chaque pied.

Lac Glacé, encore 300 mD+ bien raide avant le col

La pente se fait de plus en plus raide et je suis littéralement à deux à l'heure (30 minutes au kilomètre si vous préférez) jusqu'au Col de la Valloire qu'on distingue dans les nuages. Je me demande si on ne va pas être dans le brouillard là-haut, sachant qu'au briefing on nous a expliqué qu'il faudrait se couvrir car il y a du vent et qu'il peut y faire très froid !

Le Col de la Valloire commence à apparaitre dans les nuages

Finalement c'est bien mieux que ça, et ça fait plaisir. J'atteins le Col de la Valloire (2751 m) à 10h25 (presque 10 minutes plus vite que l'an dernier !), il n'y fait pas vraiment froid et les nuages se lèvent laissant même passer un petit rayon de soleil de temps en temps. Je prends juste trois minutes pour profiter de la vue et dire à la souriante bénévole en poste qu'elle a bien du mérite d'être ici, et je me lance doucement dans la descente.

Vue sur le Lac Glacé juste avant le Col de la Valloire

Vue sur le Col de Comberousse juste après le Col de la Valloire

Ladite descente est assez gentille un court instant jusqu'au Col de Comberousse (2669 m), avant un ressaut bien raide dans les cailloux et un névé à traverser.

Juste avant de plonger sur le névé, sous le Col de Comberousse

Bonne surprise concernant le névé : il n'est plus gelé comme on nous l'avait annoncé, il a commencé à fondre ce qui le rend beaucoup moins glissant. Et comparé à l'an dernier, il est beaucoup, beaucoup moins long. La contrepartie c'est que tous les cailloux qui étaient sous la neige la dernière fois, sont sous mes pieds aujourd'hui, ce qui n'arrange pas ma vitesse de progression. Pas grave, on retrouve vite le chemin qui descend fort dont mes cuisses n'ont pas gardé un bon souvenir. 

Et comme à chaque fois depuis le début, ça se passe mieux cette année. J'ai 15 minutes d'avance sur l'année dernière à ce stade et un physique en bien meilleur état. Maintenant c'est sûr, l'an dernier j'étais dans un jour sans, cette année je suis bien, c'est super bon pour le moral, au moment de prendre à droite pour gravir les raides 350 mD+ du Col de Morétan !

Début de la partie finale du Morétan

Dans les cailloux du Morétan

Comme toujours les bénévoles du poste montagne du col sont à fond dans les chansons à la gloire du Morétan et de ses cailloux avec une variante spéciale 10e anniversaire car je ne l'ai pas précisé, mais on fête cette année les 10 ans de l'Echappée Belle.

Je me hisse sur le Col de Morétan (2503 m) à 11h55 (25 minutes d'avance sur l'an dernier), je tape dans la main de Jean-Louis fidèle au poste, je fais deux photos vite fait, et surprise, je vois Christian juste en-dessous en train de commencer la descente. Je l'imaginais loin devant.

Au Col de Morétan, on voit que le névé est tout petit

Les dernières heures ont été éprouvantes mais j'ai encore de bonnes jambes alors hop hop hop on descend ! Le névé habituel est tout petit cette année, donc vite passé, sans tomber. Quelques cailloux plus loin je m'en mets plein les yeux avec cette vue toujours superbe sur le Lac Morétan Supérieur en bas de cette raide moraine , que Christian a déjà commencé à descendre, et que je vais avaler sans souci et sans aide de la corde, en appui sur mes bâtons.

La moraine et le Lac Morétan Supérieur

Je progresse ensuite de rocher en rocher le long du Lac Moréran Supérieur...

Le Lac Morétan Supérieur

... quand en levant les yeux au détour d'un rocher, qui vois-je ? Benoît, Eric et Jean-Paul qui après avoir croisé Christian, m'attendent de pied ferme ! Je savais qu'ils avaient prévu de venir encourager les copains vers Super-Collet mais je ne m'attendais pas à tomber sur eux ici, ça fait bien plaisir en tout cas.

C'est donc en mode "Off à Lyon" qu'on déroule jusqu'au ravito de Périoule ou je pose mes fesses sur un caillou en guise de chaise à 13h03.

De la soupe et des potes au ravito de Périoule

Le physique est entamé mais pas trop et le moral est au top ! J'ai plus d'une demi-heure d'avance sur l'an dernier, je suis bichonné par les copains qui vont me chercher à manger et à boire, j'ai retrouvé Christian, et la soupe de pois-chiches est excellente.


De Périoule à Super-Collet : km 36,0 en 10h29

Comme prévu je me remets en route après un bon quart d'heure de pause. Christian est déjà reparti, et mes trois amis sont restés avec moi, dans mon sillage... alors que l'hélico se pose juste à côté de nous à la sortie du ravito... peut-être un coureur blessé... je ne le saurai pas.

Dress-code bleu ! C'est Benoit qui prend la photo, il n'est pas en bleu lui...

C'est donc sous bonne escorte que je me lance dans la descente, d'abord à découvert jusqu'à l'étang de Périoule, puis dans la forêt avec ses pièges et ses racines. Ca passe sans encombres pour moi, mais on commence à s'inquiéter car ça fait un moment qu'on ne voit plus Benoit derrière nous. Comme me le rappelle Eric il faut que je reste dans ma course et que je ne m'en occupe pas mais quand-même, il ne faudrait pas qu'il se soit fait une cheville ou autre... Au bout d'un moment Eric remonte voir s'il le retrouve, et je termine donc la descente avec Jean-Paul.

L'étang de Périoule

L'étape suivante, après avoir trottiné quelques minutes sur une piste facile, c'est la montée du Compas. Presque 500 mD+ en 2 km, c'est raide, et il fait toujours chaud dans cette montée. Comme par hasard c'est à ce moment là que le soleil a décidé de faire une apparition. Pour autant il fait quand-même un peu moins chaud que l'an dernier, et le plan d'action reste le même : appuyer sur les bâtons, bien boire, et prendre son mal en patience.

Entre temps on a retrouvé Benoit, qui est en pleine forme, à tel point qu'il décide de faire la montée à fond pour rattraper Christian qui doit être quelque-part devant, plus haut. Eric et Jean-Paul restent derrière moi, et on finit par voir le bout de la montée et par pouvoir dérouler un peu la foulée sur le chemin du Refuge de la Pierre du Carre puis dans la petite descente sur Super-Collet... ravito en vue !

Quand j'entre sur la zone ravito-base-de-vie de Super-Collet à 16h02, j'ai plus d'une heure d'avance sur l'an dernier (où j'avais arrêté là), je suis encore en assez bon état physiquement, et j'ai un moral au top. Normal quand est bien accompagné comme je le suis depuis Périoule. Pour repartir dans de bonnes conditions j'ai plusieurs choses à faire (toutes listées sur une anti-sèche dans ma poche), comme recharger le téléphone et la montre, changer de bas pour mettre un corsaire à la place du short en prévision de la nuit, remettre des barres et des compotes dans les poches, me crémer les pieds (photo ci-contre), remplir les bidons, manger... Et pour ces deux derniers points j'ai eu droit à l'assistance grand luxe avec Elisabeth (Madame Bubulle ici présente) et surtout Benoit qui est allé me chercher une belle assiette de mets variés (sucré, salé, la totale) ! 

Je vais tout manger, et aussi mettre pain, fromage et saucisson dans mon petit sac plastique, car on nous annonce que suite à un éboulement sur la route qui mène à Val Pelouse, ce ravito sera minimaliste et qu'il vaut mieux faire des provisions ici.


De Super-Collet à Val Pelouse : km 53,0 en 17h20

Après 45 minutes d'arrêt (le temps passe très vite ici) il est grand temps de repartir sur la large piste (de ski) qui monte au Col de l'Occiput et à la crête des Plagnes. Benoit et Eric m'emboitent le pas alors que Jean-Paul a fini sa journée (à bientôt l'ami !). Pendant ce temps là, Christian qui était arrivé plus de 20 minutes avant moi à Super-Collet, a dû passer par la case infirmerie pour se faire recoudre le coude. Il n'est donc pas encore reparti du ravito.

Sur la crête on peut se remettre à trottiner, tout va bien, et comme le paysage est bouché par les nuages, on regarde devant, guettant l'apparition d'Arclusaz (que nous appellerons Laurent) qui est censé revenir des Férices.

Les Plagnes dans les nuages

Benoit, Laurent, moi, Christian, Eric
Et là, sortant du brouillard, une grande silhouette avec un chapeau, ça ne peut qu'être Laurent et son chabob ! En fait non, ce n'est pas lui, et ça nous fait bien rigoler... Il était juste derrière, mais avec sa casquette blanche et pas son chabob, c'est trompeur aussi ! Je m'arrête donc quelques minutes le temps de discuter, de faire des photos et de prendre congé de mes fidèles accompagnateurs de l'après-midi qui doivent quand-même penser à rentrer chez eux un jour... C'était vraiment super sympa de leur part et j'ai adoré passer l'après-midi avec eux.

Sur ces entrefaites, Christian nous a rejoint, remonté comme un coucou. Le temps d'une photo et le voilà parti au taquet dans la descente vers le Col de Claran, bien trop vite pour que je le suive.

Il est alors 18h00 et je poursuis seul mon aventure, déterminé comme jamais à aller au bout. Et pour ça j'opte pour la prudence dans la descente (entrecoupée d'une bosselette qui casse le rythme) vers la passerelle du Bens, raisonnablement lentement pour ne pas trop taper dans les cuisses.

Ambiance tropicale humide entre Claran et le Bens

A 19h00, une fois le Bens franchi sur la fameuse passerelle, je croyais me souvenir d'une petite transition en faux-plat avant d'attaquer la montée vers les Férices... en fait non, on est de suite dans la pente, sans transition, c'est parti pour 2 km à 23% de moyenne. Autant dire que la lenteur est de mise et que je commence à bien sentir la fatigue de la journée. Mais bon, pas de tergiversation ni d'idées noires, un pied devant l'autre (si possible au-dessus de l'autre aussi) et ça va bien se passer.

Effectivement ça ne se passe pas trop mal, et à 19h57 je suis pointé au Refuge des Férices, où il y a plein de gens sympas (limite plus de bénévoles que de coureurs), un feu de bois, une source, des gâteaux... C'est tellement bien que je vais y rester 10 minutes ! Bon, pas que pour manger hein, j'en profite aussi pour mettre le coupe-vent, le buff, et la frontale qui va bientôt servir.

Me voilà prêt à affronter la deuxième partie de la montée jusqu'au Col d'Arpingon, qui commence... par une légère descente avant d'attaquer la bonne grimpette ! Et oui, et c'est là que j'avais commencé à vriller mentalement il y a deux ans, dans cette ascension interminable où après un bon mur on reperd le dénivelé grimpé dans un petite descente, puis ça remonte encore longtemps, alors que le soleil se couche, jusqu'au Col d'Arpingon (2276 m) que je franchis à la nuit tombante vers 21h10, un peu fatigué, mais avec un moral intact car je savais à quoi m'attendre cette fois.

Dans la montée vers le Col d'Arpingon juste avant la tombée de la nuit

En fait le pire c'est le kilomètre qui suit le col. Ca commence par une courte descente bien raide, et dans la nuit, juste en face, on voit juste un mur de frontales en se disant qu'il va falloir grimper ça dans les minutes qui viennent. C'est limite traumatisant ! Mais heureusement ce n'est pas si long que ça avant de se retrouver sous la Pointe de la Frèche et d'attaquer la vraie descente vers Val Pelouse.

Sur le moment elle semble longue cette descente, et elle révèle toute la fatigue accumulée depuis le matin. Bref, je me traine. En plus avec l'humidité ambiante en ce début de nuit le terrain est légèrement glissant, et par deux fois, en levant la tête pour projeter mon regard un peu plus loin, je me suis retrouvé sur les fesses (transfert du poids du corps un peu trop en arrière...).

Malgré tout ça, et à ma grande surprise, je rattrape Christian à quelques encâblures de Val Pelouse. Il faut dire que si moi je ne suis pas frais, lui est carrément en plein coup de mou, quand à 22h54 nous voyons enfin les lumières du ravito, devant lequel deux bénévoles (je crois qu'elles étaient deux) scandent : "Bienvenue à Val Pelouse, on a à boire et à manger !!", le miracle !

En effet, contrairement à ce qu'on nous avait annoncé à Super-Collet, ici c'est l'abondance, et en plus, Ingrid est là. Elle est montée en vélo électrique pour assister son Sylvain de mari et maintenant elle est aux petits soins pour nous. Je m'assois dans un coin à côté de Christian pendant qu'elle va s'occuper de remplir mes bidons et de m'apporter une bonne soupe, elle est vraiment trop super Ingrid ! En plus de manger, et de téléphoner à Marie-Laure pour lui dire que tout va bien, je profite de la pause pour changer de t-shirt afin de repartir au sec. Pendant ce temps, Christian, toujours en plein coup de mou, migre vers la tente où se trouvent les lits de camp pour se reposer.


De Val Pelouse au Bourget-en-Huile : km 69 en 22h27

A 23h30, après 35 minutes d'arrêt qui m'ont fait le plus grand bien, je repars seul dans la nuit, et dans l'inconnu. En 2020 j'avais abandonné à Val Pelouse, mais là je compte bien découvrir le reste du parcours, jusqu'au bout. Et ça commence de suite en côte en direction du Col de la Perrière. Le début est bien raide et il faut slalomer entre les bouses ! Vers 1900 m la pente s'adoucit, sous les étoiles et au milieu des myrtillers argentés (c'est l'humidité sur les feuilles qui leur donne cet aspect argenté dans la nuit), c'est très beau. J'ai même coupé la frontale quelques instants pour profiter des étoiles comme me l'avait conseillé Benoit, mais pas longtemps, je n'ai pas envie de trop divaguer, je me reconcentre sur le chemin et j'avance (doucement).

La descente suivante, vers les sources du Gargoton est presque une formalité. Il faut rester concentré pour ne pas se faire piéger par les ornières et quelques cailloux, mais rien de difficile comparé à ce qu'on a connu la veille... oui parce qu'on est dimanche maintenant !

En bas de la descente devinez quoi... on remonte ! 1,5 km et 360 mD+ jusqu'au Col de la Perche (1986 m). Le début est bien raide, après ça s'adoucit un peu. Je suis tout seul dans la nuit, sous les étoiles et la lune... enfin presque tout seul puisque j'entends une cloche. Tiens, des vaches, bien garées à côté du sentier. Je continue ma lente progression, un pied devant l'autre, jusqu'au col que j'atteins à 1h30. Là je suis un peu déçu car le poste n'est tenu que par deux gentils bénévoles bien calmes alors que les années précédentes, à ce qu'on raconte, c'était la fiesta ici avec feu de bois grillades et alcools montagnards ! Finalement c'est peut-être mieux comme ça, au moins je reste dans ma bulle et j'enquille au petit trot (tout petit le trot là) à travers les myrtillers argentés par milliers en direction de l'Arbarétan.

Au Col de l'Arbarétan c'est vaste, c'est beau de nuit, et au loin en face de moi je distingue des frontales qui s'élèvent le long d'un relief, c'est le Grand Chat. Alors parlons-en de ce Grand Chat. Il est très grand ce Grand Chat. Je pense même que c'est le plus grand chat du Monde ce Grand Chat ! Voilà ce que je me disais en avançant dans la brume et le vent de faux sommet en faux sommet sans en voir la queue (du chat). En fait nous passons là sur la Crête des Mollards qui est une espèce de chameau, et c'est sur la deuxième bosse que je vois enfin le panneau "Sommet du Grand Chat - 1992 m", il est 2h15.

Place maintenant à la très très longue descente vers le Bourget-en-Huile, 6 km pour perdre 1100 m d'altitude, souvent sur du sentier pas très roulant où mon corps fatigué (des jambes au dos en passant par tout le reste) ne me permet pas d'aller bien vite. A un moment je rattrape un mayennais qui venait de faire une pause. On va se tenir compagnie pendant un moment et faire passer le temps en discutant notamment de la difficulté des trails en montagne quand on n'habite pas à la montagne (surtout en Mayenne !). Puis je vais le laisser filer car je dois m'arrêter pour un petit pipi et aussi et surtout pour ranger mon coupe-vent qui commence à me tenir chaud. Utile sur les sommets à plus de 1800 m, il devient complètement superflu pour la fin du parcours. Je garde toutefois les manchettes.

4h du matin, du bitume, des lumières, des bénévoles qui disent "Bienvenue et bon appétit", j'arrive enfin au ravito du Bourget-en-Huile. J'ai le plaisir d'y retrouver Elisabeth, toujours souriante malgré une très courte nuit, elle attend Christian qui doit arriver d'une minute à l'... le voilà qui arrive ! Une minute après moi. Il a fait une sacrée descente !

On se pose sur une chaise, on bois, on mange, de la soupe de champignons aux pâtes, on discute, encore un bon ravito qui fait du bien, le dernier avant la fin, oui, on va la finir cette course !

Prêts à repartir pour finir !

Du Bourget-en-Huile à Aiguebelle : km 85 en 26h53

Après 35 minutes d'arrêt nous repartons ensemble, c'est évident, à force de se suivre et de se croiser, on va finir ensemble. Et la compagnie de Christian va être très précieuse pour moi sur cette fin de course. Pour commencer il me décrit, comme il sait si bien le faire, les 4 km de presque plat, qui nous séparent du Pontet, pied de la dernière bosse. Après 45 minutes à alterner entre marche nordique et petit trot, nous voici au pied du dernier talus (bosse ? montagne ? Everest ?) de 450 mD+. Ca grimpe raisonnablement au début, je suis Christian, mon guide. Puis il y a ce chemin, 1,5 km tout droit, raide, une horreur. Je suis les pieds de Christian et j'ai de plus en plus de mal à garder les yeux ouverts, je pique complètement du nez, comme quand on s'endort devant la télé sur le canapé, sauf que là, je marche... de moins en moins droit.

Christian qui se retourne : "Sylvain, tu fais des zigzags."
Moi (enfin ce qu'il reste de moi) : "Oui je sais, je m'endors."
Christian qui a sommeil aussi : "Il va bientôt faire jour ça ira mieux."

A 6h30, nous passons près du Fort de Montgilbert, le jour se lève, c'est la fin de la côte et de mon agonie. Mais comme à chaque fois sur cette course, quand on se dit qu'on va enfin redescendre, il y a toujours une vacherie avant. Là c'est à base de faux-plats, de gauches, de droites, un petit mur à remonter, on a l'impression de tourner en rond et de ne jamais redescendre ! Puis enfin on descend franchement, comme si on avait trouvé la sortie du labyrinthe. 

Vue sur le Grand Arc. En-dessous, c'est Aiguebelle !

Christian est toujours devant, il donne le rythme, on trottine dès qu'on peut, même sur la route de Montgilbert, jusqu'à l'entrée dans Aiguebelle, où... on marche, faut pas déconner non plus, 1,5 km tout plat sur le goudron, pffff non, on préfère marcher tranquillement et commencer à savourer. On se remettra courir pour les 200 derniers mètres, devant le gymnase, l'entrée dans le parc, les acclamations de la petite foule déjà présente de bon matin, il est 8h27, nous franchissons l'arche main dans la main, nous secouons la cloche !! Nous venons de terminer l'Echappée Belle Traversée Nord en 26h53 (316e sur 470 partants).



Aiguebelle, un dimanche matin

Un beau matin fait de soleil, de sourires, de copains et copines : Elisabeth et Christian, Ingrid et Sylvain (déjà douché), Jan, Julien, Manu, Mathieu, Fabien, Anthony et tous ceux que j'oublie (désolé).

Et moi, je suis content, je n'ai curieusement pas ressenti une folle émotion en franchissant la ligne et en sonnant la cloche, mais une grande satisfaction, voilà, je suis juste très content... et sale ! Allez hop à la douche, et puis à table pour se requinquer à grandes louches de polenta avec diot, fromage, et la petite bière qui va bien de bon matin ! Et pour le dessert, Aurélien qui débarque. Sympa ça comme dessert, un Aurélien !

On est bien, le temps passe vite et je dois me bouger pour ranger mes affaires et plier ma tente, car le train de 12h55 n'attendra pas, c'est la dernière barrière horaire que nous passons allègrement avec Jan qui embarque avec moi.

Après Chambéry, dans le train pour Lyon, j'aurais pu faire le bilan de la course, me dire que tout s'est bien goupillé, que même si j'ai pris du temps sur les ravitos (2h25 au total) ce n'était pas du temps perdu, d'autant qu'hors ravito je ne me suis quasiment jamais arrêté, que je regrette d'avoir été si lent en descente, et plus généralement que physiquement je n'étais pas performant, mais suffisamment solide, et surtout que mentalement cette fois j'étais intouchable... mais en fait je me suis juste endormi.