dimanche 3 octobre 2021

Mes 10 ans au Run In Lyon


Le Run In Lyon a bien lieu cette année, et ça c'est une bonne nouvelle car c'est en quelque sorte mon anniversaire de runner ! En effet, c'est il y a 10 ans, en 2011, que Claire m'a convaincu de me mettre à la course à pied pour l'accompagner sur les 10 km du Run In Lyon, que nous terminions alors en plus d'une heure.

Cette année, Claire reprend bien la course et s'est inscrite directement sur le semi-marathon. Parfait, car l'événement ayant lieu 6 semaines après l'Echappée Belle, je n'avais pas le temps de préparer un marathon, alors le semi me va bien, sauf que parmi mes records perso, celui du semi est le plus dur à battre... Tant pis, je vais le tenter quand-même !

Je me suis donc concocté un petit plan d'entraînement en 5 semaines (en condensant un plan 8 semaines) histoire de retrouver de la vitesse sur le plat et surtout de bien me caler l'allure cible dans les jambes : il faudra faire moins de 4'30/km pour battre mon record d'1h35 !

A menu, des séances de VMA sur piste (fractions de 300, 400 ou 500 m), pas facile, des séances d'allure (fractions de 2000, 3000 ou 4000), qui passent plutôt bien autour de 4'25/km mais qui me montrent que je n'ai vraiment pas de marge pour tenir l'allure sur un semi entier. Le challenge s'annonce tendu !

 

Dimanche 3 octobre 2021, jour de course

Les photos - La trace

Ce matin il fait bon, 20°C, c'est même chaud pour un début octobre. Ceci est dû au vent du sud, qui souffle très fort depuis hier, et qui me fait craindre le pire pour ma tentative de record, car j'avais déjà constaté lors de mes séances d'allure à l'entraînement que je n'arrivais pas à tenir le rythme face au vent. On verra. En attendant je suis assez tôt sur site, place Bellecour, pour poser tranquillement mon sac à la consigne et retrouver Thierry (qui part pour un marathon en sandales dans le même sas que moi), puis Claire (dont le sas partira 30 minutes après le mien).

Je pars donc avec Thierry en trottinant en direction du départ. Nous nous calons au fond du sas rouge, le premier derrière le sas élites. Les départs sont bien gérés, le sas élite d'abord, puis le notre en plusieurs petites vagues. A 8h34 c'est pour nous !

Je pars vite, en doublant pas mal de monde sur le premier kilomètre, car je veux me mettre le plus vite possible sur mon allure cible, voire même un peu plus vite pour compenser le temps que je perdrais quand le vent sera défavorable. C'est ainsi que j'avale les 8 premiers km à 4'25/km de moyenne en gardant le cardio un peu sous le seuil, donc tout va bien, à part que comme prévu je sens bien que je n'ai pas de marge pour aller plus vite et que je trouve que je n'ai pas pris beaucoup d'avance sur l'objectif si jamais le vent me faisait ralentir...

Au 9e km, nous franchissons le pont de Collonges pour redescendre la Saône face au vent, et là, pas de miracle, l'allure baisse, entre 4'35 et 4'40/km. Pire, au fil des kilomètres la résistance du vent me fatigue et j'essaye même de m'abriter derrière les coureurs qui me doublent sans pouvoir les suivre bien longtemps.

Au km 15, quand nous allons enfin tourner à gauche pour prendre le tunnel de la Croix-Rousse, je ne parviens plus à passer sous les 4'40/km. J'espère juste qu'à l'abri du tunnel je pourrais relancer et peut-être rattraper un peu du temps perdu face au vent. Je calcule beaucoup dans ma tête en essayant de me dire que le record est encore jouable. Effectivement, dans le tunnel je me sens mieux et je reprends un peu de vitesse. Je dois être à 4'30/km sur ces 2 km abrités jusqu'à la sortie du tunnel où le tout petit faux-plat du pont de Lattre de Tassigny me fait l'effet d'un mur !

Je n'ai plus du tout le record dans les jambes et c'est de plus en plus tentant de lâcher l'affaire et de finir en footing. Mais non. D'abord sur un malentendu on ne sais jamais (le trous spacio-temporels ça existe non ?) et puis il faut finir cette course proprement et avec un bon classement tant qu'à faire. Alors je m'arrache sur les 5 derniers km à 5'/km, pas mieux, avec une foulée pesante, de moins en moins de pêche et un cardio que je dois surveiller pour ne pas exploser avant la fin.

Enfin le dernier km où grimaçant, j'essaye d'accélérer, c'est n'est pas du grand sprint mais enfin j'en termine, en moins d'1h40, ce qui était devenu mon objectif depuis le 18e km...

Dernières foulées à l'arrache

1h38'42 score final. Mon record restera donc à 1h35, mais je ne suis pas déçu pour autant. Mon chrono reste très correct et je ne pouvais pas faire mieux dans ces conditions. Bien sûr je suis parti trop vite et je l'ai payé, mais c'est le jeu quand on vise un record, on est obligé de partir sur une allure cible élevée, puis ça passe ou ça casse. Là ce n'est pas passé, mais je me satisfais de n'avoir rien lâché tout en gérant la casse pour ne finalement jamais vraiment m'écrouler.


Après la course, et après avoir un peu récupéré de mes efforts, je vais récupérer mon sac, me changer dans un WC (c'était acrobatique pour ne pas me salir...), papoter avec deux collègues qui feront le 10 km, me pointer juste au bon moment pour prendre Claire en photo dans l'avant-dernière ligne droite de son semi qui signe son retour en compétition (n'ayons pas peur des mots) !

Plus tard nous retrouverons Marie-Laure pour aller se goinfrer au Wallace comme le veut notre vieille tradition qui date déjà d'il y a 10 ans.








samedi 21 août 2021

Echappée Belle : pas assez fort pour la Traversée Nord

 


Deuxième tentative pour moi sur l'Echappée Belle Traversée Nord, dont le début a été modifié avec l'ajout du Col de la Valloire et la réduction du Col de Morétan pour un total de 83 km et 6200 mD+. Globalement ça s'annonce plus difficile, et encore plus beau !

Le nouveau profil

Cette course est dure, sur le papier elle n'est pas faite pour moi, mais elle me plait, et ma prestation de l'an dernier m'a donné l'espoir de pouvoir la dompter. Alors j'y suis retourné.

Les photos - Le film - La trace


Avant la course

La préparation n'a pas été idéale. J'ai gardé une structure semblable à l'année dernière mais mes disponibilités limitées m'ont fait rater les offs les plus importants et ne m'ont pas permis d'aller courir en montagne et de faire au moins une course de préparation comme j'avais pu le faire sur le Trail du Cenis en 2020. En plus l'Ultra Pilatrail a été annulé. Pour autant je reste confiant sur mon foncier.

Vendredi 20 août, j'embarque avec Xavier dans la voiture de Benoît en direction d'Aiguebelle où je plante ma tente, mange ma salade de pâtes, et me couche de bonne heure (20h45 !). Le bruit du dehors ne me gêne finalement pas très longtemps et je dors par saccades jusqu'à la sonnerie du réveil à 2h15.

J'ai l'impression que le sommeil a été finalement assez bon. Je prends le temps de préparer mes affaires et de manger un peu avant de me présenter à 3h15 devant la navette qui nous emmène au départ. Bon timing, tout va bien. Je m'installe à côté de Yves dans le bus (les kikous sont partout !) et nous discutons un peu pendant l'heure de route.

Au départ à Fond-de-France, on nous annonce que la vague 1 partira avec 15 minutes de retard et que donc nous aussi, la vague 2, serons retardés. Pas bien grave, ça laisse un peu plus de temps pour papoter avec les copains et copines, et aller boire un thé surchargé en cannelle.


Samedi 21 août, la course

De Fond-de-France au Chalet de la Grande Valloire : km 14,6 - 2h57

5h45 top départ ! Je pars prudemment avec Franck et Baudouin, laissant Xavier, Benoit et Yves filer. Très vite Franck et Baudouin me distancent aussi. Je les vois au loin mais dès que ça monte un peu ils marchent naturellement plus vite que moi.

Cette piste qui monte gentiment pendant 5 km était l'échauffement, et la courte descente vers le Bréda (et la cascade du Pissou) est déjà plus sérieuse : assez raide avec des racines, elle m'attaque déjà un peu les cuisses... inquiétant.

Le Bréda, vers la cascade du Pissou

Le Lac du Curtillard à Fond-de-France

Sur la liaison en vallée jusqu'à La Ferrière, au bord du Lac de Curtillard, je retrouve Baudouin qui a dû s'arrêter pour soigner un bobo. Nous allons ensemble jusqu'au pied de la montée de la Valloire (l'énooooorme montée du mastodonte de la Valloire et ses 1700 mD+ !!!). Dès les premières rampes, encore pas trop dures, Baudouin me distance, normal. Je monte tranquillement, dans les 650 mD+/h ce qui me semble raisonnable, et ça passe bien jusqu'au 15e kilomètre où se trouve le ravito du chalet de la Grande Valloire. J'y arrive vers 8h45 et y reste moins de 10 minutes, le temps de grignoter du pain du saucisson et du fromage et de remplir mes deux bidons, ainsi que le troisième en réserve dans le sac, car la prochaine section est très longue et a priori sans point d'eau.

En arrivant sur le ravito du Chalet de la Grande Valloire

Du Chalet de la Grande Valloire à Périoule : km 26,5 - 8h00

La deuxième moitié de l'ascension du Col de la Valloire est de plus en plus belle, de plus en plus raide, de plus en plus minérale, de plus en plus dure.

On passe le Lac Blanc, le Lac Noir, puis le Lac Glacé, somptueux. Et là c'est une tuerie ! Du névé, du raide, du gros caillou pas toujours stable, Belledonne dans toute sa splendeur !

Le Lac Glacé

Le passage du Col de la Valloire (2750 m) offre un panorama grandiose et une belle satisfaction, mais ça m'a bien usé et j'ai mis 30 minutes de plus que mes prévisions les plus lentes pour y arriver. Je ne m'éternise donc pas (même si je serais bien resté là plus longtemps à profiter du soleil et de la vue) et me lance, doucement, dans la descente.

Le Col de la Valloire est à portée de main

Au sud du Col de la Valloire

Au nord du Col de la Valloire

Dans la descente il y a toujours des gros cailloux (dont certains dévalent même la pente, pas glop), un passage bien raide, puis on arrive sur un long névé. Je le passe tant bien que mal debout en me stabilisant avec les bâtons. Ca va qu'il n'est pas trop pentu et que la neige n'est pas trop dure, mais il est long et je n'aime pas trop ça. Ceci dit ce n'est pas bien mieux lorsqu'on retrouve la terre ferme puisqu'on arrive dans la partie la plus raide de la descente qui n'a rien à envier à la moraine du Morétan. Mes cuisses et mon genou gauche commencent vraiment à couiner, les bras et le dos fatiguent aussi... et on n'a pas encore passé le Morétan !

Justement le voilà le Col de Morétan, enfin juste sa difficile partie finale puisque nous rejoignons le parcours de l'Intégrale sur le "replat" au-dessus du Refuge de l'Oule. C'est un peu plus haut que je fais la connaissance de Soffian un digne représentant de Kikouroù qui est engagé sur l'Intégrale, et qui se repose à l'ombre d'un rocher. Il a l'air fatigué (forcément, il en est à plus de 30h de course), mais j'ai l'impression de ne pas être plus frais que lui. Je n'ose pas trop lui parler de mon mauvais état physique alors que ça doit être tellement plus dur pour lui que pour moi, je lui souhaite surtout bon courage, et nous reprenons lentement notre ascension.

En haut c'est la grosse ambiance, les bénévoles chantent, Jean-Louis secoue sa cloche, et je franchis enfin le col à 12h30.

Le névé du Col de Morétan

La descente, telle que je l'avais décrite en détail dans mon récit de l'an dernier, je la connais bien, et je sais que cette année elle ne passera pas aussi bien. Je ne me débrouille pas trop mal sur le névé, mais la raide moraine est difficile pour mes jambes déjà bien atteintes. En plus de devoir gérer la descente il faut parfois se retourner pour s'assurer de ne pas être percuté par un caillou lâché par des concurrents au-dessus, pas terrible. Ensuite je me traine un peu dans la section de blocs autour des lacs, et je refais même un petit arrêt pour parler avec Soffian quelques instants. Normalement je ne m'arrête presque pas entre les ravitos, sauf quelques secondes pour des photos par-ci par-là, aujourd'hui je m'arrête beaucoup trop souvent, je ne suis pas dans le coup.

La moraine

Lac du Morétan suppérieur

Lac du Morétan inférieur

Bref ça repart et je déroule... euh non, je pioche, jusqu'au ravito de Périoule à 13h45, dans un cadre toujours aussi paradisiaque. Je bois du Coca et de la Sainte-Yorre, je prend un peu de salé, mais il n'y a pas de pain (juste des Tucs) et on est rationnés en fromage pour en laisser pour les autres. Du coup je vais boire de la soupe de petits pois, super bonne, et m'assoir un peu plus loin. J'ai vraiment besoin de récupérer. La pause va durer 20 minutes avant de remplir mes deux bidons et de repartir doucement.


De Périoule à Super-Collet : km 37,0 - 11h33

Je trottine un peu mais dès que ça redescend je repasse à la marche en subissant chaque choc. Je ne sens plus trop mon genou gauche mais la pause ne m'a pas permis de récupérer mes cuisses.

Le barrage du Carre

Alors que Soffian me repasse puis me distance dans la descente, l'espoir de repartir dans de bonnes conditions de Super-Collet commence à s'amenuiser, mais je me convainc de ne pas trop y penser et d'attendre de voir où j'en serai après la terrible montée du Compas. Au pied de cette dernière je refais le plein d'eau car il fait toujours chaud dans cette montée. Et aujourd'hui c'est pire que l'année dernière, c'est raide, il fait très chaud, j'ai de la sueur dans les yeux, et je crois que j'ai fait au moins trois petits arrêts au cours de cette montée, quand je trouvais de l'ombre avec un petit courant d'air pour me rafraichir.

Lorsque j'arrive enfin en haut de cette purge, il est 16h15 et j'ai mis une heure pour monter les 460 mD+. Je suis de plus en plus à la rue physiquement et le chrono commence à m'inquiéter, ayant déjà compris que je ne pourrais pas prendre beaucoup de temps pour me reposer à Super-Collet.

Trêve de tergiversations, il reste encore la zone de la Pierre du Carre à parcourir, en balcon un peu vallonné, jamais vraiment roulant. J'y retrouve Soffian qui a l'air d'aller de mieux en mieux (ou c'est moi qui suis de moins en moins bien), et on tombe sur Aurélien, fidèle au poste avec sa bouteille de mojito ! (il fallait voir la tête de Soffian quand Aurélien lui en a proposé !). Une petite gorgée pour la forme et je repars sans traîner sur ce single agrémenté de quelques petites montées casse-pattes où les coureurs sont en petits trains, ce qui ralentit un peu ma progression déjà pas bien rapide.

La cabane au fond du jardin de la Pierre du Carre

J'arrive à la base de vie de Super-Collet à 17h20, il reste 40 minutes avant la barrière horaire. Soffian va dormir un peu et moi je file chercher mon sac d'allègement après avoir bu un petit coup et récupéré une soupe de nouilles.

Super-Collet

Ca fait un moment que mon esprit balance entre l'arrêt ici sachant que je suis cramé physiquement et que je n'aurai pas le temps de vraiment me reposer, et la tentative de continuer en mode "on verra bien" mais sans croire au miracle. N'ayant pas pris de décision je fais comme si j'allais repartir : remplissage des bidons, mise en charge de la montre et du téléphone, changement de t-shirt, etc... Mais je ne change pas de chaussettes ni de short par exemple, je n'ai pas vraiment le temps et ça ira comme ça... si je repars.

Le temps est passé vite jusqu'à 17h55 où l'annonce de la fermeture imminente est faite. A ce moment-là je crois que j'étais presque sur le point de me laisser repartir dans la course mais j'avais encore mes affaires à ranger dans le sac et un tube de poudre à mettre dans le bidon... oui mais si je ne repars pas, pas la peine de vider ce tube dans le bidon... Bon, je repars ou pas ? Je mets la poudre dans le bidon ou pas ? Oh puis non. Repartir dans cet état avec les serre-files aux fesses, pour au moins 7 heures de galère jusqu'à Val Pelouse où j'aurais certainement encore plus de mal à repartir, doutant même d'être capable de monter à Arpingon si ma condition physique empirait. Et puis j'avais entendu cette phrase qui me trottait en tête : "Il n'est pas possible d'abandonner hors d'un ravito". Alors si là je repars, et que je ne tiens pas le coup jusqu'à Val Pelouse, qu'est-ce que je vais devenir ? (questions qui me semble absurdes aujourd'hui évidemment...)

Bref, je suis resté là, j'ai notifié mon arrêt et demandé au speaker de faire une annonce pour trouver une voiture qui retournait à Aiguebelle. Deux minutes plus tard on m'interpelle, c'est Aurélien qui passait par là et qui me dit que sa voiture n'est pas loin et qu'il accepte de faire un détour pour me déposer. Merci beaucoup ! C'était un chouette moment ce retour en voiture, qui a retardé un peu la morosité de la déception qui me tombera évidemment dessus un peu plus tard.

Au final j'aurais fait 37 km pour 3200 mD+ en 11h33.


Après la course

Le lendemain matin à Aiguebelle, je commence à ranger mes affaires et en sortant la tête de ma tente vers 9h30 je tombe sur l'occupant de la tente voisine qui arrive, et qui n'est autre que Soffian ! Le monde de l'EB est petit... Il est donc finisher d'une traversée Intégrale épique, grand bravo à lui. Après avoir papoté un moment avec lui et Christian, je préfère ne pas rester sur place et rentrer à Lyon en train. Je manque ainsi de beaux moments de retrouvailles kikouresques mais je n'ai pas le coeur à refaire la course, la déception est maintenant bien là. Je n'ai pas les regrets de l'année dernière, cette fois c'est surtout la déception, de ne pas avoir été à la hauteur de mes ambitions, ni même à la hauteur de l'an dernier, alors que je pensais pouvoir faire mieux. Clairement ma préparation n'a pas été idéale j'ai payé le manque de montagne et de course de préparation. Peut-être que je n'étais pas non plus dans un aussi bon jour que l'an dernier (ou hormis le craquage mental, j'avais vraiment assuré physiquement). Et aussi l'ajout du Col de la Valloire a rendu le parcours plus difficile. Mais je n'imaginais pas payer tout ça aussi cher.

Je tiens à remercier tous les copains de Kikouroù qui m'enrichissent de leur expérience et leur sympathie à chaque rencontre, l'organisation et les super bénévoles, et aussi les quelques coureurs et une accompagnatrice qui ont vu ma vidéo de l'an dernier et qui sont venus m'en parler et m'encourager à aller au bout cette fois... ça ne l'a encore pas fait mais un jour j'y arriverai ! Peut-être pas l'année prochaine par contre, car il va falloir que je retrouve de la confiance sur des courses plus à ma portée et que j'arrive à hausser mon niveau de préparation, ce qui risque de prendre du temps. 

L'important c'est qu'on fait un beau sport, et que la montagne est belle (même s'ils sont tous deux très exigeants) !


Pour la suite à court terme, je change totalement de braquet pour le Run In Lyon début octobre où je vais tenter de battre mon record sur semi-marathon, dix ans après mes débuts en course à pied.



 

 

jeudi 31 décembre 2020

Bilan 2020 et regards sur 2021

 Un mois d'août presque parfait, pour le reste...


2020, l'année du Covid qui a annihilé toutes mes prévisions de courses et de voyages. La seule éclaircie fut au mois d'août où des trails ont pu se tenir avec un protocole sanitaire adapté, et j'ai eu la chance d'en courir deux. Sinon j'ai participé à une course virtuelle contre le cancer et j'ai occupé l'année en variant les thèmes des sorties "confinées" grâce à mon imagination (un peu grave parfois ;), au Confined Sport Challenge et au JFK. Et quand le virus circulait moins j'ai pu faire quelques jolis offs en solo et parfois même avec des copains. Je crois que j'ai tiré le maximum de plaisir sportif possible pour moi en cette année particulièrement sombre à de nombreux égards.


Prévisions :
Difficile de parler de ce qui était prévu cette année, puisqu'à part l'Hivernale de Coursières qui a pu avoir lieu, rien n'a été possible.
L'idée générale était de toute façon de faire suffisamment de volume et de sorties en montagne pour assurer sur un ultra montagnard (faute d'être Montagn'Hard) et de tirer les leçons du passé pour progresser et terminer.
Pour le deuxième semestre, le Run In Lyon, l'idée d'un aller-retour Firminy - Le Puy - Firminy, mes hésitations à refaire la SaintéLyon... tout a évidemment été oublié depuis bien longtemps.


Réalisations :

En chiffres ça donne :

2325 km pour 62665 mD+
Dont 167 km pour 9600 mD+ en compétition.

4 courses :
3 trails :
    Hivernale des Coursières 30k
    EDF Cenis Tour Rouge 60k (montagne)
    Echappée Belle Traversée Nord 57k (montagne)

1 course virtuelle :
    20k Plus vite que le cancer


Et par rapport aux prévisions ?


Finir un bel ultra en montagne :

Les cailloux de Belledonne
NON !
Pour commencer j'avais prévu d'aller sur la Montagn'Hard début juillet, mais elle a été annulée. J'ai rebondi en m'inscrivant à l'Echappée Belle Traversée Nord fin août, que je ne pensais pas faire un jour car très difficile. Malgré un Trail du Cenis un peu dur début août, je suis arrivé en bonne condition sur l'EB, j'ai été très bien pendant 15 heures, puis avec la nuit et le difficile col d'Arpingon, j'ai craqué mentalement alors que j'avais tout pour finir. Le récit détaillé : J'ai goûté à l'Echappée Belle


Partager de bons moments en off :

OUI !
Des copains et des ânes

Il y a bien eu de joyeux offs collectifs cette année !
Avant le premier confinement on a pu : aller chez Seb à Saint-Pierre-de-Chandieu, aller chez Christian à Messimy, faire la reco du Pilatrail et animer le Lurdunum. C'était bien, mais ça, c'était avant...
Bien plus tard, on a pu retourner dans les Monts du Lyonnais avec les Kikouroù locaux. Puis, le Off en Berjalie n'ayant pas pu se tenir en mars, on est quand-même aller y faire un tour en septembre.
Enfin, pour finir l'année sur une bonne note, on s'est retrouvés pour un off de Noël dans le respect des règles sanitaires, et surtout dans la joie !


 
C'est beau les Bauges !
Des sorties en solo en France et dans le Monde :

J'aurais tout essayé cette année, mais chaque fois c'est mal tombé, et donc je n'ai fait aucun voyage ! Heureusement il y a quand-même eu quelques beaux week-ends où j'ai pu m'évader : dans le Pilat, dans le Gard, dans les Bauges, en Ardèche, et bien sûr quelques belles sorties dans les Monts du Lyonnais, dont ce grand tour de 53 km / 3000 mD+ !

 
 
Faire des trucs prévus :
 
NON !
Mais j'ai fait plein de trucs improvisés bien rigolos (ou bien débiles, c'est selon...) : dans l'ordre chronologique de mes meilleures bêtises de confiné, j'ai :
- battu mon record sur semi-marathon, autour de chez moi
- grimpé 120 fois les 5 étages de mon immeuble pour 1600 mD+
- dessiné le casque de Dark Vador
- couru 51 km dans le jardin de mon immeuble
- écrit des lettres dans mon quartier
- dessiné un éléphanteau en 3 heures dans Lyon



Ne pas délaisser mes autres sports préférés ?

Comme toujours ça a été très léger côté vélo, avec une seule sortie sur la route sur mon parcours classique de l'Ozon (68 km).
Côté snowboard ce fut une grande année, puisque j'ai fait 2 sorties ! Tout ça ! Dont une avec Cédric à l'Alpe d'Huez où on s'est bien régalés, juste avant le confinement.




Regards sur 2021

Malheureusement, 2021 va commencer sur la lancée de 2020, avec l'Hivernale des Coursières qui est d'ores et déjà annulée.

Je me projette donc plus loin en espérant que la situation sanitaire s'améliore avec l'arrivée du printemps. Début mai je ferais bien un Trail comme les 3 Couvents, ou les Coursières (pas l'ultra) en préparation du premier objectif de l'année, que j'attends depuis son annonce il y a deux ans : l'Ultra Pilatrail !

Ensuite je me tournerai vers la montagne et probablement vers Belledonne, car je n'arrive pas à m’empêcher de vouloir retourner sur l'EB Traversée Nord pour la finir. Vais-je le faire ? Est-ce une mauvaise idée ? L'avenir nous le dira.

Ce à quoi pourrait ressembler cette nouvelle année :
- de Janvier à Avril : probablement pas de course, juste l'entrainement à reprendre sérieusement en s'adaptant aux éventuelles futures restrictions sanitaires.
- Mai : le Trail des 3 Couvents ou le Trail des Coursières
- Juin : l'Ultra Traversée du Pilat 120 km / 5500 mD+
- Juillet : j'espère pouvoir faire des sorties à la montagne
- Août : XTrail Courchevel en prépa et Echappée Belle Traversée Nord 87 km / 6200 mD+
- Novembre : Aller-retour Firminy - Le Puy - Firminy

Tout ça est encore très incertain mais l'important est de rester positif et ouvert pour saisir chaque occasion de se faire plaisir, même sans dossard. Vive les offs entre copains et les challenges idiots à l'entrainement !




Prêts à croquer 2021 avec une faim de loup ?
Bonne année !!












samedi 22 août 2020

J'ai goûté à l'Echappée Belle

Le 22 août 2020 j'ai participé à l'Echappée Belle sur le format "Traversée Nord". Je ne suis pas allé au bout mais j'ai goûté au mythe de cette course, et c'était bien !

Les photos - le film - la trace 

Historique

Depuis longtemps je suis cette course chaque année à travers le prisme Kikouroù, les récits et les suivis live des copains qui s'engagent sur les différents formats de ce trail exceptionnel.

En 2015 je faisais l'une de mes premières sorties montagne avec quelques copains pour accompagner Franck dans la reco du secteur Gleysin - Morétan - Périoule. J'ai alors découvert la difficulté de Belledonne avec tous ces gros cailloux, et aussi sa beauté sauvage.

J'ai vite catalogué cette course comme trop technique et trop dure pour me plaire, que ce soit la Traversée Nord de 87 km et encore plus l'intégrale de 149 km qui est juste un truc surhumain. Puis un jour, il y a deux ans je crois, j'ai regardé la Traversée Nord de plus près en imaginant un roadbook comme si j'allais faire cette course un jour. C'était juste comme ça, pour m'amuser, car je n'envisageais par réellement de la faire pour de vrai.

Et puis il y a cette année 2020, avec son contexte sanitaire qui chamboule tout : mon objectif de juillet annulé, les vacances d'août annulées, l'Echappée Belle maintenue... click


Préparation

Pour une telle course il y a beaucoup de choses à préparer.

Côté entrainement ça manquait sûrement un peu de volume et surtout de montagne, mais finalement entre les Monts du Lyonnais, de nombreuses montées-descentes de Fourvière quand j'étais fixé à Lyon à cause du boulot, une petite virée dans les Bauges, et l'EDF Cenis Tour, j'ai réussi à avoir une condition physique acceptable.

Côté matériel, je m'y suis pris à l'avance puisque l'EDF Cenis Tour m'a servi de répétition. J'avais donc déjà tout préparé début août, même le sac d'allègement dont je ne me suis finalement pas servi sur le Cenis

Côté mental j'ai essayé de travailler sur les abandons passés et de me donner des clés pour m'en sortir en cas de problème... on verra que ça n'a pas suffi.

Côté sommeil, là, on est aussi sur un point faible. Déjà, mon rythme normal c'est de ne pas dormir assez la semaine et de me rattraper avec une bonne nuit le week-end, pas très équilibré mais c'est comme ça. La semaine avant la course j'ai réussi à me coucher un peu moins tard lundi et mardi. Ensuite, mercredi et jeudi, pour nos 20 ans de mariage, nous sommes allés à Disneyland ! C'était top, sauf pour le sommeil. Avec une bonne grasse matinée vendredi je me suis un peu refait mais ça ne m'a pas aidé à m'endormir tôt le soir même. En effet, j'ai dormi sous la tente à Aiguebelle sur la zone d'arrivée, en me couchant à 21h. Mais entre le temps pour m'endormir et les bruits qu'il y a eu toute la nuit, je n'ai pas dormi beaucoup avant que mon réveil sonne à 2h du matin...


Samedi 22/08, Aiguebelle, 2h00

Je me lève sans trop de mal malgré la petite nuit, je me mets en tenue, je me force à manger une tranche de cake aux fruits, et à 3h00 je suis dans la navette qui emmène les coureurs de la troisième vague au départ. Car cette année le départ se fait en cinq vagues d'une centaine de coureurs chacune.

Lorsqu'on arrive au Pleynet on apprend qu'il y a eu un peu de retard au départ des vagues précédentes et que nous partirons donc à 5h10 au lieu de 5h00. Pas de souci, j'en profite pour un petit café et une tranche de marbré.

Dans la zone de départ tout le monde est calme (et masqué), la température est bonne (17°C), le speakeur, taquin, nous colle le générique des Cités d'Or dans la tête, et à 5h11, c'est parti !


Du Pleynet à Gleysin : km 0 à 20, de 5h11 à 9h11

Au départ, je cours... 100 mètres, après ça commence à monter et je passe de suite à la marche, le temps de monter autour du Pleynet, puis ça descend jusqu'au fond de la vallée. J'adopte un petit trot, léger, pour ne surtout pas me fatiguer dès les premiers kilomètres. Ensuite c'est du fond de vallée assez roulant, quoique pas toujours plat, où je fais le yoyo avec trois ou quatre coureurs, me retrouvant même parfois déjà tout seul.

Après 1h15 d'échauffement, on rentre dans le vif du sujet avec la montagne de Tigneux : une longue montée de 835 mD+ jusqu'à la Grande Valloire, où je prend un café au petit poste de ravito, puis un replat ondulé avant les 150 mD+ finaux. Cette première ascension n'était pas très difficile, juste un peu longue, d'autant que garde un pied sur le frein pour m'économiser. Ce faisant je n'ai pas de super sensations en début de course, je ne suis pas sûr d'avoir de bonnes jambes aujourd'hui, donc je redouble de prudence sur le rythme.

Petite déception pour les yeux, le temps est très couvert (avec même quelques gouttes matinales) et les nuages s'accrochent aux montagnes. Bon, ça reste joli quand-même, et le Lac du Léat garde sa beauté et sa bonne ambiance avec des bénévoles au taquet !

Le Lac du Léat

La descente vers Gleysin passe sans histoire, prudemment, et j'arrive au premier ravito après 4h de course, là où je pensais mettre 3h40. Quand je pense qu'à l'origine on devait partir à 6h00 avec une BH à Gleysin à 10h00, j'aurais eu chaud !

J'arrive donc au ravito en 387e position, à 9h11, et j'y resterai 16 minutes, un peu plus que prévu mais j'ai pris le temps d'un bon casse-croûte avec pain, saucisson, fromage et une super soupe. J'ai aussi fait la connaissance du Kéké, qui malheureusement devait abandonner sur l'Intégrale à cause de son ventre.


De Gleysin à Périoule : km 20 à 30, de 9h27 à 13h06

Comme à mon habitude je repars en marchant tranquillement le temps de finir de manger et de remettre de la poudre dans le bidon de gauche. Je me sens mieux qu'en début de course et je suis d'attaque pour le gros monstre du parcours : le Col de Morétan. La bête fait 1400 mD+ pour 6 km de long, avec une première grosse moitié pas trop technique jusqu'au Refuge de l'Oule, et une deuxième moitié raide et de plus en plus caillouteuse jusqu'au col qui culmine à près de 2500 m.

Coup d’œil dans le rétro en montant vers le Refuge de l'Oule

J'arrive tranquillement à l'Oule à 10h45. Comme me l'avait confirmé un bénévole de Gleysin il y a bien un ravitaillement en eau ici, donc je refais le niveau des deux bidons et je repars sans traîner, sous le regard des patous qui sont parqués là avec leur troupeau, les pauvres, on leur pique leur terrain aujourd'hui. Et il est raide le terrain juste après le refuge, puis de plus en plus rocheux lorsque la pente s'adoucit et qu'on commence à passer au-dessus des nuages.

Traverser les nuages jusqu'au col
La partie finale du col est pentue et minérale. Mais dans mes souvenirs d'il y a cinq ans ce n'était qu'un vilain pierrier alors que là, en passant bien à gauche, et même dans les dernières rampes, un semblant de chemin est tracé. Pensant donc n'avoir à faire qu'à des gros cailloux, j'ai rangé les bâtons, mais finalement je les ressors, puis les re-range juste avant de franchir enfin le col à 11h58, sous les encouragements fournis des bénévoles qu'on entend résonner depuis de nombreuses minutes dans la montagne.

Le final du Col de Morétan

Cheminons entre les cailloux du Morétan

Les joyeux bénévoles nous attendent de pied ferme

Joie de franchir ce col mythique

La montée s'est beaucoup mieux passé que prévu, le moral est au beau fixe et il fait enfin beau, le top !
Et comme je connais les lieux, je sais que la descente sur Périoule est à peu près aussi dure que la montée, alors allons-y !

Cette descente de près de 700 mD- se décompose en quatre phases techniques et ludiques :

1) Le névé : quelques dizaines de mètres pentus nous mènent au névé, assez gros cette année, qui est équipé d'une corde pour nous aider à descendre. Sans gants, je préfère ne pas trop m'en servir. Debout je fais quelques figures, donc j'essaye de glisser sur les pieds accroupi, ce n'est guère mieux. Et comme le névé devient un peu plus pentu, j'utilise la corde en la serrant brièvement de temps en temps, car si je la fait glisser dans ma main je vais souffrir. Enfin j'arrive en bas du névé, de retour dans la caillasse.

Le névé

2) La moraine : une petite arête pierreuse, elle aussi équipée d'une corde, et pour cause, elle est hyper pentue. Personnellement je préfère ne pas m'en servir et y aller tranquillement avec les bâtons pour me retenir et ne pas trop taper dans les cuisses. Ca se passe très bien comme ça.

La moraine

3) Le champ de blocs : pour faire le tour du magnifique Lac Morétan Supérieur, il faut passer de bloc en bloc. C'est rigolo, mais il ne faut pas se louper.

Le champ de blocs
Le lac et les blocs

4) Le sentier : à partir du Lac Morétan Inférieur on trouve enfin un vrai sentier qui descend sur Périoule, mais attention, il n'est pas si paisible que ça, il faut toujours rester concentré sur ses poses de pieds.

Périoule

Et enfin, à 13h06, j'arrive en 337e position au ravito de Périoule. Je reste 15 minutes dans ce havre de paix, à manger du saucisson, des patates, du fromage et de la soupe, entre rivière et montagnes, avec un petit bout de tarte au sucre pour finir.

De Périoule à Super Collet : km 30 à 40, de 13h21 à 16h05

 
Comme d'habitude je repars en marchant et en me repoudrant le bidon avant de relancer gentiment l'allure au petit trot en direction du barrage du Carre. Dans mes vieux souvenirs le sentier qui descend à partir de là est un peu technique et piégeux. En réalité il est très technique et piégeux, avec plus de cailloux que dans mon souvenir. Et comme en plus je fais quelques faux-pas (heureusement que mes chevilles sont tolérantes ), ça ne me réjouit pas trop.
 
Le barrage du Carre

Côte du Compas
Pas de drame toutefois, je suis vite en bas à pouvoir dérouler la foulée sur une piste très facile pendant... 500 mètres ! Il faut savoir profiter de ces rares moments de répit, avant de partir à l'assaut de la côte du Compas qui va nous faire monter de 500 mD+, en 2 km sur un chemin pas technique (pour une fois), mais très raide, et réputé très chaud à cette heure de la journée. C'est bien pour ça qu'un petit poste de ravito liquide est posé au pied de la côte. Je refais donc les niveaux en devisant avec le bénévole sur le fait qu'on a une belle après-midi mais que pour le coup j'aurais préféré que le soleil se cache derrière un nuage le temps que je grimpe là-haut. Je profite aussi de cette petite pause pour mettre le MP3 sur les oreilles (que je ne garderai que le temps de cette côte), et c'est parti en mode machine pour une montée régulière et pentue sans réfléchir. Conformément à ce que j'avais lu il fait très chaud dans cette montée, je ne suis donc pas surpris et je ne le vis pas trop mal... mais quelle suée ! 

Bon, ça c'est fait, et je peux alterner marche et trot sur le joli sentier de la Pierre du Carre, qui passe vers le refuge du même nom. Au refuge, des bénévoles font un pointage, et l'un d'eux voit ma casquette - "Ha, un Kikouroù !" - il lit mon pseudo et me dit qu'il a quelque-chose pour moi, ce que je lui avait demandé. Sur le coup je ne vois pas de quoi il parle... mais bon sang mais c'est bien sûr ! Il s'agit de Yienyien73 qui en juillet avait demandé ce qui nous ferait plaisir en passant là, et juste pour la blague j'avais répondu "Un mojito !". Et bien il l'a fait, énorme moment quand il revient avec un petite bouteille contenant le précieux liquide et un grand sourire !

40 minutes sans histoire plus tard, j'arrive à 16h05 à la base de vie de Super Collet, au pied des pistes, en 343e position.

Je suis pile dans le timing de mon roadbook (ça j'aime bien). Je prends à manger et à boire (toujours la même chose, pain saucisson, fromage, soupe, St Yorre) et je vais récupérer mon sac d'allègement pour me poser dans un coin assis sur l'herbe. Tout en mangeant je fais tout ce que j'ai à faire sur ce ravito stratégique en essayant d'être organisé et de ne rien oublier : mettre la montre et le téléphone en charge, quitter chaussures et chaussettes, changer de t-shirt et de short (un peu acrobatique pour rester pudique avec une petite serviette), changer les sparadraps anti-ampoules des talons et des tétons, garnir mes poches avec les barres, gels, compotes et tubes de poudre prévus pour la suite de la course, me crèmer les orteils en prévention... J'ai l'impression ne m'être bien débrouillé pour faire tout ça mais le temps passe à une vitesse folle. Ca va bientôt faire 40 minutes que je suis là et je ne veux pas m'arrêter trop longtemps. Je mets des chaussettes propres, ne change pas de chaussures car je suis encore bien dans mes MT2 (pas de douleur à la malléole comme au Cenis et pas d'ampoule), je remballe tout, vais faire le plein des bidons et repars après 45 minutes de pause, sans être repassé par la case "manger".


De Super Collet à Val Pelouse : km 40 à 57, de 16h50 à 22h59

 
Back on the track sur une large piste de ski parfois assez pentue jusqu'au Col de l'Occiput. Ce n'est pas très intéressant, mais au moins le terrain est facile et ça permet aux jambes engourdies par la longue pause de se remettre dans le jeu. En marchant je réalise que j'ai oublié de laisser mon 3e bidon dans le sac d'allègement. Parce qu'il faut savoir qu'en prévision des longues sections de l'après-midi j'avais prévu un 3e bidon en bas du sac, pour le remplir à Gleysin et à Périoule si jamais je devais tenir jusqu'au ravito suivant sans recharge en eau. Comme finalement il y a plein de petits ravitos intermédiaires ou de ruisseaux pour refaire les niveaux, ce bidon était inutile. Tant pis, ce ne sont pas 82 g de plus qui vont changer grand-chose.
On continue ensuite sur la crête des Plagnes, ça penche moins, c'est assez roulant, mais un peu frustrant car les nuages masquent un paysage qui doit être superbe, dommage.
 
Sur la crête des Plagnes
Puis ça descend, pendant un bon moment, en passant par le Col de Claran, le Refuge de Claran, un tout petit bout montant (ou je rame un peu), le Chalet de la Balme, jusqu'au fond de la vallée où on traverse la rivière à la passerelle du Bens. On est deux ou trois à faire le yoyo sur cette portion, se rapprochant, se doublant ou s'éloignant selon la pente et le style de chacun. Il y a notamment un "grand", qui marche tout le temps, mais qui marche super bien : bien droit, grande jambes, belle utilisation des bâtons. Moi, je préfère descendre en petit trot léger avec bâtons. Au début je le rattrapais quand ça descendait et il repartait quand ça descendait moins ou que ça montait. Puis sur la fin de la descente, j'allais à peu près à la même vitesse que lui, qui marchait, et moi qui trottinait, en descente. Alors j'ai essayé d'imiter son pas pour voir, mais pas longtemps, je préférais mon petit trot. A bien y penser j'aurais vraiment dû marcher dans cette descente. La légèreté de mes foulées me donnait l'impression de ne pas me fatiguer, mais c'est forcément plus traumatisant que la marche à la longue, et en terme d'efficacité j'allais à peine plus vite en trottinant qu'en marchant. D'habitude ce phénomène m'est connu en montée, mais pas en descente... d'où mon erreur.
 
Le Refuge de Claran
Bref, à 18h55, nous arrivons au chalet de Pré Nouveau où je croise Benoît qui va chercher de l'eau à la source. Je savais qu'il serait là, ça fait plaisir de discuter vite fait le temps de remplir mes bidons et de me montrer optimiste pour la suite. Même si je sais que la montée aux Férices ne sera pas de tout repos, je suis encore d'attaque, alors je ne reste pas là et j'y vais.
 
En soi la montée au Refuge des Férice, qui fait moins de 500 mD+, n'est pas très dure, mais à ce stade de la course je commence à être très poussif en montée. Un peu comme sur le trail du Cenis trois semaines plus tôt, je me traine, dès le début de la montée. Un gars me suit (nous l'appellerons Vincent), je lui propose de passer devant car je le ralentis, mais il préfère rester derrière pour s'économiser. Sage décision de sa part mais vraiment, je crois qu'il pouvait facilement aller plus vite que moi. On monte un moment comme ça, puis je finis par le "libérer" à l'occasion d'un arrêt photo que je vais faire durer un peu plus que juste le temps de la photo car j'ai besoin de souffler.

Sous les Férices
A 19h55 j'atteins le Refuge des Férices où un petit ravito est installé. Je fais donc une petite pause fromage puis je repars en marchant doucement et en envoyant un message sur le Whatsapp de la famille (qui me suivent sur Livetrail) pour leur dire que j'ai pris du retard sur mes prévisions et qu'ils ne s'inquiètent donc pas si je suis en retard à Val Pelouse. Je prends aussi le temps de mettre mon coupe-vent. Je ne suis pas très concentré sur ce sentier en balcon, petit répit avant le terrible Col d'Arpingon. Le soleil est déjà en train de se coucher sous le plafond nuageux, alors je fais une jolie photo. Dans l'idéal je voulais voir le coucher de soleil depuis le haut d'Arpingon, mais finalement c'est mieux comme ça puisqu'avec les nuages, je n'aurais rien vu du tout.

20h20, le soleil s'en va
Il est temps de mettre la frontale et de monter au Col d'Arpingon. La pente est souvent rude. Je sais aussi que la montée est irrégulière avec même un petit bout de redescente à un moment qui devrait me soulager.
 
En fait je suis loin du compte. Non seulement les pentes sont rudes en montée, mais en descente aussi. Et il y en a au moins deux des descentes comme ça où on a l'impression de perdre le dénivelé qu'on venait chèrement de gagner, et ça remonte de plus belle, toujours plus haut. C'est infernal et mes neurones se mettent en rideau les uns après les autres on dirait. Par exemple je vois sur ma montre que nous sommes à 2100 m d'altitude, et au lieu de me dire qu'il reste encore près de 200 m à gravir, et donc de prendre mon mal en patience, je commence à me dire que finalement le col est moins haut que prévu... n'importe quoi ! Et quand avec la nuit qui s'est installée (très vite je trouve), je perds mes repères spacio-temporels, je lève les yeux et vois des frontales aussi loin que des étoiles... l'impression qu'il reste encore une énorme montagne à escalader. Entre temps j'avais enlevé mon coupe-vent car en grimpant ça tient chaud. Mais en haut d'une des montées, la petite brise froide dans le dos entraîne une grosse quinte de toux incontrôlable. Je remets le coupe-vent et ça passe. Autant d’uppercuts que se prend mon petit mental avant d'arriver enfin sur le haut de la dernière montée.

Le col n'est pas tout de suite là, d'abord on chemine dans le noir et le brouillard, entre des cailloux et le vide qu'on devine à droite, puis ensuite à gauche. Ca doit être super beau de jour ici, mais là c'est ultra-glauque, limite flippant. Puis, sorti de nulle part, un photographe ! "Viens vers moi, regarde-moi, petit sourire"... FLASH ! Moment totalement irréel au Col d'Arpingon, à 2276 m d'altitude, en pleine nuit à 21h20... oui, j'ai l'impression qu'il fait nuit noire depuis très longtemps.

Je suis allé le chercher loin ce sourire au Col d'Arpingon
Logiquement après un col on redescend. Je sais qu'en fait il faut d'abord passer la Pointe de la Frèche avant d'être vraiment dans la descente. Et là encore, je me fais surprendre par le terrain. C'est très minéral, encore des cailloux. Ca descend d'un coup, puis la remontée vers la Pointe de la Frèche est un vrai mur, pas long, mais qui me touche encore un peu plus le moral.

A 21h45 j'entame enfin la descente vers Val Pelouse. Je pense que je vais pouvoir me relâcher et dérouler un peu... mais non. A chaque fois que je commence à prendre mes aises, il y a un pierrier qui traverse le chemin, c'est infernal. Au bout d'un moment je ne sais même plus si je suis loin du ravito ou pas, je ne fais plus confiance au kilométrage de ma montre et j'ai l'impression d'être sur ce chemin depuis une heure, alors que ça fait à peine une demi-heure en réalité. Le temps et les distances se dilatent et quand je pense qu'après Val Pelouse il reste encore 30 km, avec encore des cols, ça me parait insurmontable. Quand chaque kilomètre est trop long, 30 comme ça c'est beaucoup trop. Et puis je commence à me projeter sur les jours suivants, qui vont être trop durs si je ne vais pas me coucher bientôt... typiquement le genre de pensées que je m'étais juré de ne pas avoir.

Pour me réconforter je sors ma Pompot' préférée de la poche, la pomme-cerise ! Je commence à l'avaler quand, encore une fois, un pierrier traverse sans prévenir. M'en fout, je ne lâcherai pas ma compote pour reprendre mes bâtons en main, je veux finir ma compote (je crois que j'ai régressé à 4 ans d'âge mental à ce moment-là), et bim, je fais un faux-pas et je me couche lamentablement sur le côté avec le coude contre une pierre. Aucun mal de fait au final, mais cette chute ridicule me porte le coup de grâce.

Val Pelouse
A 22h59 j'arrive enfin Val Pelouse en 307e position mais malheureusement je ne pense pas au classement et à la belle course que je fais avec une grosse avance sur les BH. Je sais d'expérience qu'il ne faut pas rendre son dossard en arrivant au ravito où on envisage d'abandonner, pas tout de suite, il faut manger et réfléchir. C'est ce que je vais faire. Et je sais aussi d'expérience (j'ai trop d'expérience en abandon moi...) qu'il ne faut pas abandonner si on n'est pas sûr de pouvoir être rapatrié dans de bonnes conditions. Alors avant d'aller manger, je demande au pointeur comment ça se passe quand on abandonne. Il me dit qu'une navette sera là à 2h, que ça me laisse le temps de réfléchir. Certes. Je vais me poser sur un carton le long du dortoir et je mange en essayant de réfléchir et de répondre aux SMS de Christian et Laurent qui m'encouragent à ne pas bâcher. Sauf que je suis irrécupérable, complètement bloqué sur l'idée que repartir sera une grosse galère insurmontable. Et puis je commence à avoir froid alors j'enfile la sous-couche, la veste et le pantalon.

Sur ce, vers minuit, j'entends qu'une navette peut partir maintenant pour rentrer à Aiguebelle. Là c'est plié, j'officialise mon abandon et sors par la petite porte avec cinq autres coureurs, dont mon Vincent des Férices. On finira à quatre autour de la bière et du diot-polenta servis à Aiguebelle, à se déculpabiliser en se disant que c'était dur et qu'on a quand-même passé une belle journée.
Après une douche froide au gymnase, je vais me coucher sous ma tente, à côté de la zone d'arrivée et de la cloche qui sonne tout le temps (bravo aux finishers qui la secouent !), et malgré ça j'ai bien dormi de 3h00 à 8h30, comme quoi, j'étais fatigué.


Bilan

En ultra il y a beaucoup de paramètres qui rentrent en jeu : physique, mental, gestion logistique et tactique, entre autres.

Physique : pas mal. Plus de montagne et de volume aurait été mieux mais pas mal quand-même. Pas d’ampoules, pas mal aux pieds, pas de souci digestif.

Gestion :
Matériel bien géré.
Alimentation, bien jusqu’à Super Collet et à peine moins bien après, sauf que je n'ai pas assez mangé sur cette base de vie.
J’aurais dû ralentir entre Claran et Férices mais comme je n’allais déjà pas bien vite je ne m’en suis pas rendu compte.
Tenue quand le froid de la nuit arrive : j’ai un peu tardé à remettre le coupe-vent sur Arpingon, et je me demande comment j’aurais dû m’habiller pour avoir ni trop chaud ni trop froid si j’étais reparti de Val Pelouse.

Mental : je suis qui je suis, avec ce blocage quand ça sent la galère à venir, je n’ai pas cette capacité à lâcher prise. Ca ne me plait pas mais pour l'instant c'est comme ça. Avant, j’ai bien accepté la lenteur et les efforts, et j’ai repoussé un peu plus loin les limites de ma patience, mais dès que je décroche un peu, et que je m’éloigne un peu de mes prévisions, je déraille et ne peux plus rétablir. Il faudrait que j’accepte de reconnaitre quand ça va moins bien pour passer en mode gestion de crise, alors que là comme j’étais super positif pendant longtemps, j’ai fait comme si ça devait continuer comme ça, j'ai voulu rester sur mon rythme, jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour changer d’état d’esprit.
 
 
Le positif c'est que j'ai passé une super journée, et que j'ai franchi les plus gros obstacles de la course avec plus de facilité que j'imaginais. Physiquement j'étais pas mal, et techniquement bien plus à l'aise que prévu, avec une grosse utilisation des bâtons, que je n'ai plus lâchés à partir de Périoule.
Mais...
J'ai une nouvelle fois abandonné sur un ultra en montagne, alors que j'avais largement les moyens de le finir. Lorsque mon cerveau et son satané instinct de préservation a décidé que ça suffisait je n'ai rien pu faire, bloqué sur l'idée que la fin était insurmontable. Pourtant j'avais essayé de me préparer mentalement à surmonter les difficultés. J'avais plein d'outils pour passer les mauvais moments (musique, gourmandises dans les poches, profil pour voir que ce que je trouvais insurmontable ne l’était pas, de quoi me changer, soutiens que j’aurais pu appeler au tel, du temps pour me reposer...) mais quand le cerveau a décidé qu’il ne fallait pas continuer, il refuse de penser à se servir de ces outils qui pourraient me faire continuer. Je crois qu'arrivé à un certain stade de fatigue et de perte de lucidité je me mets inconsciemment en "mode sécurité" et j'oublie tout du pourquoi je suis là et pourquoi je devrais aller au bout.


Maintenant, j'ai entrepris une auto-analyse psychologique de ma pratique, avec le soutien et les retours de copains expérimentés, je sais que j'en sortirai plus fort. Merci à eux. Au final, soit je parviendrai à finir les beaux ultras dont je rêve, soit je resterai sur des formats à la journée pour prendre un max de plaisir, je ne sais pas encore, mais il n'en ressortira que du plaisir de toute façon parce que le trail doit rester un loisir épanouissant.