dimanche 21 août 2022

Traversée Nord, la belle ne m'a pas échappé !

 

Précédemment dans l'Echappée Belle Traversée Nord

2020 : abandon à Val Pelouse sur explosion mentale

2021 : la revanche, qui tourne court à Super Collet sur explosion physique

2022 : la belle ! (et the bell aussi...)

Les photos - Le film - La trace

 

Après un bon début de saison jusqu'au Grand Raid 73, je suis parti en road-trip scandinave pendant un mois, ponctué de quelques randos mais très peu de course à pied, avec surtout beaucoup d'heures de route assis sur le siège du camping-car. La reprise par grosses chaleurs début juillet a été laborieuse et j'ai vraiment eu du mal à retrouver des sensations correctes à l'entrainement. C'est aussi la chaleur caniculaire qui m'a convaincu d'avorter mon projet de grosse sortie sur deux jours en montagne début août. Les sensations reviennent quand-même peu à peu et une semaine avant la course je fais une dernière sortie montagne pas trop longue dans le Beaufortain, surtout pour le plaisir.

Au moment de prendre le train pour Aiguebelle je ne sais pas vraiment où j'en suis physiquement mais ça va, sans être vraiment confiant, je suis assez serein. J'ai été moins obsédé par la course les semaines précédentes qu'auparavant. Ce n'est que quelques jours avant que j'en ai parlé à la famille (je n'ai même rien mis sur FB) et que j'ai commencé à me mettre un peu la pression, mais une bonne pression, celle de ne pas décevoir et de sonner la cloche pour de bon. Mentalement je me sens prêt ! Et c'est ainsi que je m'endors à 21h le vendredi sous ma tente à Aiguebelle...

Prêt pour la bataille !

Samedi 20 août, la course

Déjà c'est clair dans ma tête, samedi 20 août c'est un jour de trail presque comme un autre, car LE grand jour, c'est demain, dimanche 21 août, quand je sonnerai la cloche !

Bref, là il s'agit de se lever à 2h25, de prendre la navette à 3h30 pour se rendre au départ d'un parcours qui n'a quasiment pas changé depuis l'année dernière. La seule différence c'est que le dernier ravito du Pontet a été remplacé par le Bourget-en-Huile 4 km avant. Ca fait un mini détour qui porte le total de la course à 84,5 km pour 6200 mD+.

Le profil des réjouissances

De Fond-de-France au Chalet de la Grande Valloire : km 14,6 en 2h58

Comme l'année dernière je pars dans la vague n°2. Dès que la n°1 est partie, un peu après 5h10, j'entre dans le sas de départ et vais boire un petit café. Je suis vite rejoint par Elisabeth et Bubulle (que nous appellerons Christian). Elle assurera son rôle de super-suiveuse pendant que lui fera la course pour prendre sa revanche sur l'an dernier (comme moi mais pour d'autres raisons). Alors qu'on papote et que l'heure du départ approche, voici enfin Ingrid et Spir (que nous appellerons Sylvain) qui arrivent. Même topo, elle sera la super-suiveuse et lui sera le super-coureur !

Le départ est donné à 5h34, et c'est dans la joie et la bonne humeur que s'élance le deuxième tiers des 470 coureurs au total, qui au bout de 200 mètres deviennent des marcheurs... car on attaque déjà la première montée. Celle-ci sert d'échauffement car bien qu'un peu longue (5 km) elle n'est pas très pentue ni difficile. Sylvain est déjà un peu devant alors que Christian et moi basculons dans la descente après moins de 55 minutes de course, non sans un coup d'œil sur le versant d'en face où le soleil levant pose ses premiers rayons sur les pistes de ski du Pleynet.

Même si j'ai vite perdu Christian de vue, la descente sur le Pissou se passe bien, mieux que l'an dernier où j'avais été surpris d'avoir déjà les cuisses dures en bas. Là ça va, et ça relance tranquille jusqu'au kilomètre 10, le pied de "Colzilla" le monstrueux Col de la Valloire !

Le Bréda, vers la cascade du Pissou

A l'assaut donc du bestiau de 1700 mD+, il s'agit de prendre un rythme de montée tranquille d'autant que, si elle est déjà un peu raide, la première moitié jusqu'au Premier Chalet de la Grande Valloire n'est pas techniquement difficile. Je dois être sur du 650 mD+ à l'heure, sans trop forcer mais sans avoir envie d'aller plus vite non plus, c'est bien comme ça et je rentre petit à petit dans le vif du sujet et dans ma course.

Je mets 1h15 depuis le pied pour arriver au ravito en 2h58 de course, soit une minute de plus que l'an dernier sur cette première section. Ce n'est pas très glorieux sachant qu'en 2021 j'étais dans une mauvaise journée, mais je n'y pense même pas car cette fois, les sensations sont bien meilleures, et puis je pense surtout à ma routine de ravito : 1 gobelet de Coca, 1 gobelet de St-Yorre, remplir les deux bidons d'eau, et aussi une flasque supplémentaire car le prochain ravito est loin, mettre du bon manger (saucisson, fromage, pain) dans le petit sac plastique prévu à cet effet dans ma poche, et repartir sans s'éterniser.


Le ravito du Chalet de la Grande Valloire est juste à gauche


Du Chalet de la Grande Valloire à Périoule : km 26,0 en 7h30

Comme il y avait un peu de monde au ravito j'ai dû y rester un petit peu plus de 5 minutes, et j'en repars donc tranquillement en me repoudrant le bidon et en grignotant.

Cette section jusqu'à Périoule est la partie la plus "Belledonnienne" du parcours, avec l'enchaînement des cols de la Valloire puis de Morétan, dont les pentes raides et couvertes de cailloux mal rangés, en montée comme en descente, m'avaient fait bien mal l'année dernière.

Dans la montée du col de la Valloire, dont la difficulté va crescendo au fil des lacs (Blanc, Noir, Glacé), je suis lent mais je me sens plutôt bien. On me double un peu, je double un peu aussi, tout le monde est dans l'effort là !

Le Lac Noir

Traileurs à l'ouvrage entre les lacs Noir et Glacé

Après le Lac Glacé (qui ne l'est pas du tout cette année) on est vraiment dans la caillasse, et je ne fais pas l'erreur de garder les bâtons en main. Ca a beau être raide, j'avance beaucoup mieux sans avoir à gérer quatre points d'appui, c'est déjà suffisant de savoir où bien poser chaque pied.

Lac Glacé, encore 300 mD+ bien raide avant le col

La pente se fait de plus en plus raide et je suis littéralement à deux à l'heure (30 minutes au kilomètre si vous préférez) jusqu'au Col de la Valloire qu'on distingue dans les nuages. Je me demande si on ne va pas être dans le brouillard là-haut, sachant qu'au briefing on nous a expliqué qu'il faudrait se couvrir car il y a du vent et qu'il peut y faire très froid !

Le Col de la Valloire commence à apparaitre dans les nuages

Finalement c'est bien mieux que ça, et ça fait plaisir. J'atteins le Col de la Valloire (2751 m) à 10h25 (presque 10 minutes plus vite que l'an dernier !), il n'y fait pas vraiment froid et les nuages se lèvent laissant même passer un petit rayon de soleil de temps en temps. Je prends juste trois minutes pour profiter de la vue et dire à la souriante bénévole en poste qu'elle a bien du mérite d'être ici, et je me lance doucement dans la descente.

Vue sur le Lac Glacé juste avant le Col de la Valloire

Vue sur le Col de Comberousse juste après le Col de la Valloire

Ladite descente est assez gentille un court instant jusqu'au Col de Comberousse (2669 m), avant un ressaut bien raide dans les cailloux et un névé à traverser.

Juste avant de plonger sur le névé, sous le Col de Comberousse

Bonne surprise concernant le névé : il n'est plus gelé comme on nous l'avait annoncé, il a commencé à fondre ce qui le rend beaucoup moins glissant. Et comparé à l'an dernier, il est beaucoup, beaucoup moins long. La contrepartie c'est que tous les cailloux qui étaient sous la neige la dernière fois, sont sous mes pieds aujourd'hui, ce qui n'arrange pas ma vitesse de progression. Pas grave, on retrouve vite le chemin qui descend fort dont mes cuisses n'ont pas gardé un bon souvenir. 

Et comme à chaque fois depuis le début, ça se passe mieux cette année. J'ai 15 minutes d'avance sur l'année dernière à ce stade et un physique en bien meilleur état. Maintenant c'est sûr, l'an dernier j'étais dans un jour sans, cette année je suis bien, c'est super bon pour le moral, au moment de prendre à droite pour gravir les raides 350 mD+ du Col de Morétan !

Début de la partie finale du Morétan

Dans les cailloux du Morétan

Comme toujours les bénévoles du poste montagne du col sont à fond dans les chansons à la gloire du Morétan et de ses cailloux avec une variante spéciale 10e anniversaire car je ne l'ai pas précisé, mais on fête cette année les 10 ans de l'Echappée Belle.

Je me hisse sur le Col de Morétan (2503 m) à 11h55 (25 minutes d'avance sur l'an dernier), je tape dans la main de Jean-Louis fidèle au poste, je fais deux photos vite fait, et surprise, je vois Christian juste en-dessous en train de commencer la descente. Je l'imaginais loin devant.

Au Col de Morétan, on voit que le névé est tout petit

Les dernières heures ont été éprouvantes mais j'ai encore de bonnes jambes alors hop hop hop on descend ! Le névé habituel est tout petit cette année, donc vite passé, sans tomber. Quelques cailloux plus loin je m'en mets plein les yeux avec cette vue toujours superbe sur le Lac Morétan Supérieur en bas de cette raide moraine , que Christian a déjà commencé à descendre, et que je vais avaler sans souci et sans aide de la corde, en appui sur mes bâtons.

La moraine et le Lac Morétan Supérieur

Je progresse ensuite de rocher en rocher le long du Lac Moréran Supérieur...

Le Lac Morétan Supérieur

... quand en levant les yeux au détour d'un rocher, qui vois-je ? Benoît, Eric et Jean-Paul qui après avoir croisé Christian, m'attendent de pied ferme ! Je savais qu'ils avaient prévu de venir encourager les copains vers Super-Collet mais je ne m'attendais pas à tomber sur eux ici, ça fait bien plaisir en tout cas.

C'est donc en mode "Off à Lyon" qu'on déroule jusqu'au ravito de Périoule ou je pose mes fesses sur un caillou en guise de chaise à 13h03.

De la soupe et des potes au ravito de Périoule

Le physique est entamé mais pas trop et le moral est au top ! J'ai plus d'une demi-heure d'avance sur l'an dernier, je suis bichonné par les copains qui vont me chercher à manger et à boire, j'ai retrouvé Christian, et la soupe de pois-chiches est excellente.


De Périoule à Super-Collet : km 36,0 en 10h29

Comme prévu je me remets en route après un bon quart d'heure de pause. Christian est déjà reparti, et mes trois amis sont restés avec moi, dans mon sillage... alors que l'hélico se pose juste à côté de nous à la sortie du ravito... peut-être un coureur blessé... je ne le saurai pas.

Dress-code bleu ! C'est Benoit qui prend la photo, il n'est pas en bleu lui...

C'est donc sous bonne escorte que je me lance dans la descente, d'abord à découvert jusqu'à l'étang de Périoule, puis dans la forêt avec ses pièges et ses racines. Ca passe sans encombres pour moi, mais on commence à s'inquiéter car ça fait un moment qu'on ne voit plus Benoit derrière nous. Comme me le rappelle Eric il faut que je reste dans ma course et que je ne m'en occupe pas mais quand-même, il ne faudrait pas qu'il se soit fait une cheville ou autre... Au bout d'un moment Eric remonte voir s'il le retrouve, et je termine donc la descente avec Jean-Paul.

L'étang de Périoule

L'étape suivante, après avoir trottiné quelques minutes sur une piste facile, c'est la montée du Compas. Presque 500 mD+ en 2 km, c'est raide, et il fait toujours chaud dans cette montée. Comme par hasard c'est à ce moment là que le soleil a décidé de faire une apparition. Pour autant il fait quand-même un peu moins chaud que l'an dernier, et le plan d'action reste le même : appuyer sur les bâtons, bien boire, et prendre son mal en patience.

Entre temps on a retrouvé Benoit, qui est en pleine forme, à tel point qu'il décide de faire la montée à fond pour rattraper Christian qui doit être quelque-part devant, plus haut. Eric et Jean-Paul restent derrière moi, et on finit par voir le bout de la montée et par pouvoir dérouler un peu la foulée sur le chemin du Refuge de la Pierre du Carre puis dans la petite descente sur Super-Collet... ravito en vue !

Quand j'entre sur la zone ravito-base-de-vie de Super-Collet à 16h02, j'ai plus d'une heure d'avance sur l'an dernier (où j'avais arrêté là), je suis encore en assez bon état physiquement, et j'ai un moral au top. Normal quand est bien accompagné comme je le suis depuis Périoule. Pour repartir dans de bonnes conditions j'ai plusieurs choses à faire (toutes listées sur une anti-sèche dans ma poche), comme recharger le téléphone et la montre, changer de bas pour mettre un corsaire à la place du short en prévision de la nuit, remettre des barres et des compotes dans les poches, me crémer les pieds (photo ci-contre), remplir les bidons, manger... Et pour ces deux derniers points j'ai eu droit à l'assistance grand luxe avec Elisabeth (Madame Bubulle ici présente) et surtout Benoit qui est allé me chercher une belle assiette de mets variés (sucré, salé, la totale) ! 

Je vais tout manger, et aussi mettre pain, fromage et saucisson dans mon petit sac plastique, car on nous annonce que suite à un éboulement sur la route qui mène à Val Pelouse, ce ravito sera minimaliste et qu'il vaut mieux faire des provisions ici.


De Super-Collet à Val Pelouse : km 53,0 en 17h20

Après 45 minutes d'arrêt (le temps passe très vite ici) il est grand temps de repartir sur la large piste (de ski) qui monte au Col de l'Occiput et à la crête des Plagnes. Benoit et Eric m'emboitent le pas alors que Jean-Paul a fini sa journée (à bientôt l'ami !). Pendant ce temps là, Christian qui était arrivé plus de 20 minutes avant moi à Super-Collet, a dû passer par la case infirmerie pour se faire recoudre le coude. Il n'est donc pas encore reparti du ravito.

Sur la crête on peut se remettre à trottiner, tout va bien, et comme le paysage est bouché par les nuages, on regarde devant, guettant l'apparition d'Arclusaz (que nous appellerons Laurent) qui est censé revenir des Férices.

Les Plagnes dans les nuages

Benoit, Laurent, moi, Christian, Eric
Et là, sortant du brouillard, une grande silhouette avec un chapeau, ça ne peut qu'être Laurent et son chabob ! En fait non, ce n'est pas lui, et ça nous fait bien rigoler... Il était juste derrière, mais avec sa casquette blanche et pas son chabob, c'est trompeur aussi ! Je m'arrête donc quelques minutes le temps de discuter, de faire des photos et de prendre congé de mes fidèles accompagnateurs de l'après-midi qui doivent quand-même penser à rentrer chez eux un jour... C'était vraiment super sympa de leur part et j'ai adoré passer l'après-midi avec eux.

Sur ces entrefaites, Christian nous a rejoint, remonté comme un coucou. Le temps d'une photo et le voilà parti au taquet dans la descente vers le Col de Claran, bien trop vite pour que je le suive.

Il est alors 18h00 et je poursuis seul mon aventure, déterminé comme jamais à aller au bout. Et pour ça j'opte pour la prudence dans la descente (entrecoupée d'une bosselette qui casse le rythme) vers la passerelle du Bens, raisonnablement lentement pour ne pas trop taper dans les cuisses.

Ambiance tropicale humide entre Claran et le Bens

A 19h00, une fois le Bens franchi sur la fameuse passerelle, je croyais me souvenir d'une petite transition en faux-plat avant d'attaquer la montée vers les Férices... en fait non, on est de suite dans la pente, sans transition, c'est parti pour 2 km à 23% de moyenne. Autant dire que la lenteur est de mise et que je commence à bien sentir la fatigue de la journée. Mais bon, pas de tergiversation ni d'idées noires, un pied devant l'autre (si possible au-dessus de l'autre aussi) et ça va bien se passer.

Effectivement ça ne se passe pas trop mal, et à 19h57 je suis pointé au Refuge des Férices, où il y a plein de gens sympas (limite plus de bénévoles que de coureurs), un feu de bois, une source, des gâteaux... C'est tellement bien que je vais y rester 10 minutes ! Bon, pas que pour manger hein, j'en profite aussi pour mettre le coupe-vent, le buff, et la frontale qui va bientôt servir.

Me voilà prêt à affronter la deuxième partie de la montée jusqu'au Col d'Arpingon, qui commence... par une légère descente avant d'attaquer la bonne grimpette ! Et oui, et c'est là que j'avais commencé à vriller mentalement il y a deux ans, dans cette ascension interminable où après un bon mur on reperd le dénivelé grimpé dans un petite descente, puis ça remonte encore longtemps, alors que le soleil se couche, jusqu'au Col d'Arpingon (2276 m) que je franchis à la nuit tombante vers 21h10, un peu fatigué, mais avec un moral intact car je savais à quoi m'attendre cette fois.

Dans la montée vers le Col d'Arpingon juste avant la tombée de la nuit

En fait le pire c'est le kilomètre qui suit le col. Ca commence par une courte descente bien raide, et dans la nuit, juste en face, on voit juste un mur de frontales en se disant qu'il va falloir grimper ça dans les minutes qui viennent. C'est limite traumatisant ! Mais heureusement ce n'est pas si long que ça avant de se retrouver sous la Pointe de la Frèche et d'attaquer la vraie descente vers Val Pelouse.

Sur le moment elle semble longue cette descente, et elle révèle toute la fatigue accumulée depuis le matin. Bref, je me traine. En plus avec l'humidité ambiante en ce début de nuit le terrain est légèrement glissant, et par deux fois, en levant la tête pour projeter mon regard un peu plus loin, je me suis retrouvé sur les fesses (transfert du poids du corps un peu trop en arrière...).

Malgré tout ça, et à ma grande surprise, je rattrape Christian à quelques encâblures de Val Pelouse. Il faut dire que si moi je ne suis pas frais, lui est carrément en plein coup de mou, quand à 22h54 nous voyons enfin les lumières du ravito, devant lequel deux bénévoles (je crois qu'elles étaient deux) scandent : "Bienvenue à Val Pelouse, on a à boire et à manger !!", le miracle !

En effet, contrairement à ce qu'on nous avait annoncé à Super-Collet, ici c'est l'abondance, et en plus, Ingrid est là. Elle est montée en vélo électrique pour assister son Sylvain de mari et maintenant elle est aux petits soins pour nous. Je m'assois dans un coin à côté de Christian pendant qu'elle va s'occuper de remplir mes bidons et de m'apporter une bonne soupe, elle est vraiment trop super Ingrid ! En plus de manger, et de téléphoner à Marie-Laure pour lui dire que tout va bien, je profite de la pause pour changer de t-shirt afin de repartir au sec. Pendant ce temps, Christian, toujours en plein coup de mou, migre vers la tente où se trouvent les lits de camp pour se reposer.


De Val Pelouse au Bourget-en-Huile : km 69 en 22h27

A 23h30, après 35 minutes d'arrêt qui m'ont fait le plus grand bien, je repars seul dans la nuit, et dans l'inconnu. En 2020 j'avais abandonné à Val Pelouse, mais là je compte bien découvrir le reste du parcours, jusqu'au bout. Et ça commence de suite en côte en direction du Col de la Perrière. Le début est bien raide et il faut slalomer entre les bouses ! Vers 1900 m la pente s'adoucit, sous les étoiles et au milieu des myrtillers argentés (c'est l'humidité sur les feuilles qui leur donne cet aspect argenté dans la nuit), c'est très beau. J'ai même coupé la frontale quelques instants pour profiter des étoiles comme me l'avait conseillé Benoit, mais pas longtemps, je n'ai pas envie de trop divaguer, je me reconcentre sur le chemin et j'avance (doucement).

La descente suivante, vers les sources du Gargoton est presque une formalité. Il faut rester concentré pour ne pas se faire piéger par les ornières et quelques cailloux, mais rien de difficile comparé à ce qu'on a connu la veille... oui parce qu'on est dimanche maintenant !

En bas de la descente devinez quoi... on remonte ! 1,5 km et 360 mD+ jusqu'au Col de la Perche (1986 m). Le début est bien raide, après ça s'adoucit un peu. Je suis tout seul dans la nuit, sous les étoiles et la lune... enfin presque tout seul puisque j'entends une cloche. Tiens, des vaches, bien garées à côté du sentier. Je continue ma lente progression, un pied devant l'autre, jusqu'au col que j'atteins à 1h30. Là je suis un peu déçu car le poste n'est tenu que par deux gentils bénévoles bien calmes alors que les années précédentes, à ce qu'on raconte, c'était la fiesta ici avec feu de bois grillades et alcools montagnards ! Finalement c'est peut-être mieux comme ça, au moins je reste dans ma bulle et j'enquille au petit trot (tout petit le trot là) à travers les myrtillers argentés par milliers en direction de l'Arbarétan.

Au Col de l'Arbarétan c'est vaste, c'est beau de nuit, et au loin en face de moi je distingue des frontales qui s'élèvent le long d'un relief, c'est le Grand Chat. Alors parlons-en de ce Grand Chat. Il est très grand ce Grand Chat. Je pense même que c'est le plus grand chat du Monde ce Grand Chat ! Voilà ce que je me disais en avançant dans la brume et le vent de faux sommet en faux sommet sans en voir la queue (du chat). En fait nous passons là sur la Crête des Mollards qui est une espèce de chameau, et c'est sur la deuxième bosse que je vois enfin le panneau "Sommet du Grand Chat - 1992 m", il est 2h15.

Place maintenant à la très très longue descente vers le Bourget-en-Huile, 6 km pour perdre 1100 m d'altitude, souvent sur du sentier pas très roulant où mon corps fatigué (des jambes au dos en passant par tout le reste) ne me permet pas d'aller bien vite. A un moment je rattrape un mayennais qui venait de faire une pause. On va se tenir compagnie pendant un moment et faire passer le temps en discutant notamment de la difficulté des trails en montagne quand on n'habite pas à la montagne (surtout en Mayenne !). Puis je vais le laisser filer car je dois m'arrêter pour un petit pipi et aussi et surtout pour ranger mon coupe-vent qui commence à me tenir chaud. Utile sur les sommets à plus de 1800 m, il devient complètement superflu pour la fin du parcours. Je garde toutefois les manchettes.

4h du matin, du bitume, des lumières, des bénévoles qui disent "Bienvenue et bon appétit", j'arrive enfin au ravito du Bourget-en-Huile. J'ai le plaisir d'y retrouver Elisabeth, toujours souriante malgré une très courte nuit, elle attend Christian qui doit arriver d'une minute à l'... le voilà qui arrive ! Une minute après moi. Il a fait une sacrée descente !

On se pose sur une chaise, on bois, on mange, de la soupe de champignons aux pâtes, on discute, encore un bon ravito qui fait du bien, le dernier avant la fin, oui, on va la finir cette course !

Prêts à repartir pour finir !

Du Bourget-en-Huile à Aiguebelle : km 85 en 26h53

Après 35 minutes d'arrêt nous repartons ensemble, c'est évident, à force de se suivre et de se croiser, on va finir ensemble. Et la compagnie de Christian va être très précieuse pour moi sur cette fin de course. Pour commencer il me décrit, comme il sait si bien le faire, les 4 km de presque plat, qui nous séparent du Pontet, pied de la dernière bosse. Après 45 minutes à alterner entre marche nordique et petit trot, nous voici au pied du dernier talus (bosse ? montagne ? Everest ?) de 450 mD+. Ca grimpe raisonnablement au début, je suis Christian, mon guide. Puis il y a ce chemin, 1,5 km tout droit, raide, une horreur. Je suis les pieds de Christian et j'ai de plus en plus de mal à garder les yeux ouverts, je pique complètement du nez, comme quand on s'endort devant la télé sur le canapé, sauf que là, je marche... de moins en moins droit.

Christian qui se retourne : "Sylvain, tu fais des zigzags."
Moi (enfin ce qu'il reste de moi) : "Oui je sais, je m'endors."
Christian qui a sommeil aussi : "Il va bientôt faire jour ça ira mieux."

A 6h30, nous passons près du Fort de Montgilbert, le jour se lève, c'est la fin de la côte et de mon agonie. Mais comme à chaque fois sur cette course, quand on se dit qu'on va enfin redescendre, il y a toujours une vacherie avant. Là c'est à base de faux-plats, de gauches, de droites, un petit mur à remonter, on a l'impression de tourner en rond et de ne jamais redescendre ! Puis enfin on descend franchement, comme si on avait trouvé la sortie du labyrinthe. 

Vue sur le Grand Arc. En-dessous, c'est Aiguebelle !

Christian est toujours devant, il donne le rythme, on trottine dès qu'on peut, même sur la route de Montgilbert, jusqu'à l'entrée dans Aiguebelle, où... on marche, faut pas déconner non plus, 1,5 km tout plat sur le goudron, pffff non, on préfère marcher tranquillement et commencer à savourer. On se remettra courir pour les 200 derniers mètres, devant le gymnase, l'entrée dans le parc, les acclamations de la petite foule déjà présente de bon matin, il est 8h27, nous franchissons l'arche main dans la main, nous secouons la cloche !! Nous venons de terminer l'Echappée Belle Traversée Nord en 26h53 (316e sur 470 partants).



Aiguebelle, un dimanche matin

Un beau matin fait de soleil, de sourires, de copains et copines : Elisabeth et Christian, Ingrid et Sylvain (déjà douché), Jan, Julien, Manu, Mathieu, Fabien, Anthony et tous ceux que j'oublie (désolé).

Et moi, je suis content, je n'ai curieusement pas ressenti une folle émotion en franchissant la ligne et en sonnant la cloche, mais une grande satisfaction, voilà, je suis juste très content... et sale ! Allez hop à la douche, et puis à table pour se requinquer à grandes louches de polenta avec diot, fromage, et la petite bière qui va bien de bon matin ! Et pour le dessert, Aurélien qui débarque. Sympa ça comme dessert, un Aurélien !

On est bien, le temps passe vite et je dois me bouger pour ranger mes affaires et plier ma tente, car le train de 12h55 n'attendra pas, c'est la dernière barrière horaire que nous passons allègrement avec Jan qui embarque avec moi.

Après Chambéry, dans le train pour Lyon, j'aurais pu faire le bilan de la course, me dire que tout s'est bien goupillé, que même si j'ai pris du temps sur les ravitos (2h25 au total) ce n'était pas du temps perdu, d'autant qu'hors ravito je ne me suis quasiment jamais arrêté, que je regrette d'avoir été si lent en descente, et plus généralement que physiquement je n'étais pas performant, mais suffisamment solide, et surtout que mentalement cette fois j'étais intouchable... mais en fait je me suis juste endormi.







 

samedi 28 mai 2022

GR73 ou la beauté raide des Bauges

Après un bon début d’année, voici le gros objectif du premier semestre, finir ce beau trail de 73 km en Bauges.
J’y reviens pour la deuxième fois après 2019 en espérant avoir de belles conditions météo pour profiter à fond des paysages et aussi pour découvrir la nouveauté de cette année, le Mont Margériaz.

Les photos - le film - la trace

Après des semaines très chaudes la météo redevient raisonnable en ce week-end de l'Ascension, il fait beau et bon, nous sortons le camion !  En effet, on va profiter du jeudi et du vendredi pour camper à Saint-Pierre-d'Albigny au bord du lac de Carouge. Le vendredi soir on roule jusqu'à Cruet où je vais retirer mon dossard (et celui de Xavier). Je croise Aurélien vite fait, j'échange quelques mots avec Christian qui est ici en bénévole-baliseur-ouvreur, et je file planter ma tente dans un coin près du départ. Marie-Laure est toujours avec moi, on dîne dans le fourgon (des pâtes au jambon), puis viens le temps des adieux (oui bon on se reverra hein !), Marie-Laure retourne au camping du lac de Carouge qu'elle quittera le lendemain matin pour rentrer à Lyon car elle travaille ce week-end, et moi, je vais rejoindre ma tente, préparer mes affaires de course, me coucher avant 22h, essayer de faire abstraction de la fête qui bat son plein dans la maison d'à côté, me réveiller plein de fois dans la nuit et me lever à 3h45...

Samedi 28 mai, jour (pas encore levé) de course !

Je retrouve vite Xavier pour lui remettre son dossard, puis Aurélien, et aussi Tom, inscrit au dernier moment. Et à 5h00, top départ, c'est parti pour une longue et belle journée dont voici le profil :

73 km - 5150 mD+

Contrairement aux éditions précédentes, pas de petit tour dans les vignes, on attaque directement la montée de la Roche du Guet et ses 800 mD+. Au début je suis avec Tom, c'est sympa, et c'est rare, car on n'a pas vraiment le même niveau... puis naturellement il va finir par s'envoler devant alors que je reste sur mon petit rythme.

Au col du Mont, le soleil se lève, et c'est beau !

De gauche à droite : Margériaz, Sauge, Galoppaz, Colombier, Charvay, Arclusaz

6h20, Roche du Guet, 6h40 Rocher de Tornery, la première montée est terminée, je suis pile dans mes temps prévus et je pourrais presque attaquer la descente sereinement si je n'avais pas encore un peu sommeil, un peu mal au genou gauche et à la cheville droite (petites gênes récurrentes ces derniers temps). Rien de grave, je peux faire avec et je descends donc doucement sur Nécuidet... ah puis tiens, ça remonte après ! Allez, on passe ce raidard, on prend une jolie photo en haut, et hop on file au ravito de la Thuile !

Le Pic de la Sauge au petit matin... on va bientôt le gravir

Km 12, 7h30, j'ai 10 minutes d'avance sur mon roadbook au ravito de la Thuile. J'y reste 5 minutes pour faire coucou aux copains qui en repartent, remplir les bidons, grignoter un peu, et mettre du pain et du fromage dans la poche pour plus tard, car le prochain ravito solide n'est prévu qu'au 41e km, c'est dans très longtemps ça !

Sur ma tête, la casquette a remplacé la frontale, et après un paisible tour du lac de la Thuile, j'attaque l'ascension du Pic de la Sauge (750 mD+). A l'image de cette course, c'est souvent raide, et souvent très beau.

Vue sur le lac de La Thuile, et Belledonne en fond

Au sommet du Pic de la Sauge

Une montée pas facile mais qui passe sans histoire, je me sens assez bien et j'enchaîne avec la Pointe de la Galoppaz, ce joli machin tout vert qui se dresse face au sommet du Pic de la Sauge. On y monte par la crête à droite et on en redescend tout droit à gauche.

Vue sur la Galopp' et sa descente droit dans la pente !

Il est presque 9h50 quand j'arrive au sommet de la Galopp' (pile à l'heure du roadbook), en plein vent, le temps de blaguer avec un bénévole sur l'absence du Colombier (qui est caché par un nuage mais qu'on va bien devoir escalader dans quelques heures), et je me jette prudemment et avec les bâtons dans la descente, très raide au début.

Le Colombier a disparu !!

En bas de la descente, aux Côtes Gueulet, nous sommes sur une transition un peu plus roulante qui se transforme même en petite route bitumée et sinueuse. Je le savais puisque Christian nous avait prévenu sur Kikouroù que ce passage serait barbant et qu'il faudrait compter 11 lacets sur la route pour enfin retrouver un sentier. Bon, même si c'est effectivement un peu barbant, je le prends du bon côté, c'est facile à courir donc c'est du "kilométrage gratuit".

Une fois sur le sentier, je sais que je suis tout proche du ravito liquide du Col des Prés, et aussi que je suis dores et déjà dans le début de la montée inédite du Mont Margériaz (750 mD+). C'est à 11h15 que j'arrive à ce ravito "liquide" du km 30. Mais on le sait, les ravitos uniquement liquides sont une légende urbaine en trail, personne ne les a jamais vus, en fait il y a toujours de quoi grignoter (sont sympas les bénévoles !). Comme à chaque ravito aujourd'hui je bois deux gobelets de Coca et un d'eau gazeuse, puis le plein des bidons, et je ne traine pas, j'ai hâte de découvrir si le Mont Margériaz est aussi bon que le fromage du même nom !

Je me sens bien sur toute la première partie de la montée. Elle est assez irrégulière avec beaucoup de relances en sous bois et j'ai la pêche donc ça tombe bien.

Début de la montée au Margériaz face au Colombier qui commence à se dégager.

Sur la dernière partie de l'ascension le coup de boost est passé et je commence à fatiguer. En même temps je suis sorti des bois et les paysages sont superbes avec les falaises du Margériaz, la Chartreuse à gauche et le Colombier à droite. Je fais alors quelques brefs arrêts photo avant de me remettre dans ma course et de basculer au sommet des pistes de ski, sous l'objectif du photographe. (il est 12h50, toujours dans les clous du roadbook).

La Chartreuse

Le Margériaz

Le Colombier

Le Mazouth

Allez, une bonne descente assez roulante, d'abord sur les pistes de ski, puis dans les bois, et je serai au ravito d'Aillon-le-Jeune. J'y vais donc avec entrain, et avec les bâtons (je les ai toujours gardés en main, du Col des Prés jusqu'à la fin en fait), et pas une grosse vitesse non plus, je me trouve un peu lent mais c'est normal à ce stade de la course. Pour autant, Arclz73, un Kikouroù que j'ai doublé et qui a essayé de prendre ma roue, m'a trouvé trop rapide, alors tout est relatif finalement.

Diot-Coca
A 13h40 j'arrive au ravito d'Aillon-le-Jeune pile à l'heure prévue et je tombe de suite sur Christian, qui après avoir ouvert la course tôt ce matin est resté ici pour filer des coups de mains. Ca fait plaisir de le voir et en plus il est aux petits soins pour moi et va remplir mes bidons pendant que je m'approche de la table, que j'imagine couverte de victuailles, pour me restaurer. Et là c'est un peu la douche froide (comme la soupe d'ailleurs). Il ne reste qu'un peu de pain, de pain d'épice et d'abricots secs, et un fond de soupe aux vermicelles. Pas de saucisson, ni de jambon, ni de fromage (sacrilège !)... et pas de chaise non plus. Christian, qui a déjà remonté ces soucis à l'orga, finit par aller me pêcher un diot qui cuisait dans le fond, trop cool merci !

L'autre point de tension sur ce ravito c'est la barrière horaire, qui est bien tendue puisqu'il faut avoir quitté les lieux à 14h00 ! Donc je ne traine pas plus que ça, je mets du pain et des abricots secs dans ma poche, et je m'en vais un peu après 13h50.

Le temps de traverser le village, et me voici au pied du très gros morceau du jour, le Colombier et ses 1100 mD+ ! Ca commence par une montée irrégulière dans la forêt, puis de plus en plus pentue. Rapidement (façon de parler) un petit train de 5 se forme. Nous avançons à peu près au même rythme, deux gars devant (dont Eric Cuenot d'Evadict) et un duo père et fils venus d'Italie, avec qui on se suit déjà depuis le Margériaz.

Au-dessus de 1550 m nous sortons de la forêt avec la vue sur toute la partie sommitale du Colombier. C'est impressionnant mais j'adore cet endroit. C'est la troisième fois que je viens sur ce mont et vraiment il me plait, rude et magnifique, et que dire de la vue au sommet ! On y vient on y vient, mais là il reste encore 500 mD+ à grimper...

Colombier le magnifique !

A 1695 m, c'est à partir du Col de la Cochette que la pente est la plus forte, sur la crête qui file jusqu'au sommet. D'un coup nos deux gars de devant ralentissent, on piétine un peu derrière jusqu'à ce que le jeune italien fasse sauter le bouchon, son père et moi-même lui emboitant le pas. On arrive ainsi à trois au sommet (2043 m), avec le sourire tellement c'est beau !

L'Arclusaz

Le sommet

La vue

Il est 16h15, là je commence à avoir du retard sur mes prévisions, je ne prends donc que deux minutes pour en prendre plein les yeux, filmer et faire des photos, alors que j'aimerais y rester des heures sur ce sommet. Mais quand faut y aller faut y aller, tout doucement dans la descente bien pentue avec des cuisses qui commencent à sentir le dénivelé s'accumuler.

Replat, re-passage au col de la Cochette, et ça déroule jusqu'aux chalets de la Fullie dans un décors de rêve. Je passe toutefois avec 30 minutes de retard sur mes prévisions à la Fullie. Le Colombier a fait mal à mon raodbook (un peu à mes jambes aussi).

Quelle belle journée !

Les chalets de la Fullie, où une source captée permet de faire le plein d'eau fraîche.

L'objectif suivant est le ravito du Mont Pelat, connu pour ses diots et ses frites, mais en 2019 j'étais arrivé trop tard. Cette année je ne suis pas plus en avance mais bon, ça motive. En attendant il reste 5 km légèrement vallonnés donc plus ou moins courables, avec de superbes vues sur l'Arclusaz.

Mont Pelat droit devant


A 18h25 j'arrive enfin au ravito du Mont Pelat, moyennant une dernière ascension de 200 mD+ et là c'est le miracle culinaire ! Il y a une super ambiance, des chaises et plein de bon manger protéiné comme on n'ose même pas en rêver après 58 km de trail. J'opterai donc pour un oeuf au plat, un bout de sanglier, un diot et des frites croustillantes aux herbes !

Ces dix minutes d'arrêt auront été très bonnes pour le moral, et il le faut, car je sais depuis 2019 que les 15 km restants jusqu'à l'arrivée vont faire mal à la tête...


Après 10 minutes d'arrêt gastronomique, je me lance donc dans cet enfer où on sait qu'il reste 1000 m à descendre jusqu'à Cruet mais qu'à chaque fois qu'on descend un peu, on remonte d'autant voir plus juste après... en gros l'altimètre ne descend pas, le kilométrage semble ne pas avancer, le temps se dilate, bienvenue dans les limbes finales du GR73 !

Au km 64 une bonne descente (enfin !) nous amène au col de la Marocaz, mais là, c'est reparti pour des montagnes russes globalement montantes... c'est l'enfer !

Plusieurs vies plus tard, la lumière au bout du tunnel, c'est le petit ravito de Montlambert au km 68. Une table, des bénévoles sympas, un petit coup à boire (pas manger, j'ai pas faim après le Mont Pelat), et enfin on va descendre pour de vrai jusqu'à Cruet.

Le soleil se fait rasant sur la Combe de Savoie

La descente se passe sans histoire et plutôt pas très vite du fait de quadris bien entamés. Arrivé sur la route je relance au trot, pas bien capable de courir plus vite, alors que j'entends derrière moi un missile lancé au triple galop est qui me dépose en un coup de vent ! C'est Eric Cuenot (souvenez-vous sur le Colombier) qui a mangé du lion (sûrement au Mont Pelat) !

Allez, quelques virages dans le village de Cruet et ça y est, voilà l'église, puis l'arche d'arrivée et son speaker hurlant, il est 21h10, je lève les bras vraiment content de terminer cette superbe course, avant de m'affaler sur une chaise, le précieux Opinel finisher dans les mains.

Résultat final : 204e en 16h10, sur 290 inscrits et 222 finishers.


Le bilan est un petit peu mitigé côté perf car j'espérais vraiment mettre moins de 15h45, mais comme je n'ai pas l'impression d'avoir perdu de temps aux ravitos et que j'ai toujours avancé du mieux possible avec mes moyens, je n'ai pas de regret, je suis à mon niveau, et puis c'était tellement une belle journée que je peux aller dévorer la polenta et les diots tranquille et content !

Après une bonne nuit sous la tente, je retrouve Aurélien dimanche pour aller pique-niquer au bord du lac de Carouge, tous les deux avec des poteaux en guise de jambes ! Puis retour à Lyon en pensant à nos prochaines aventures (du côté de Belledonne...).




 



 

 

samedi 2 avril 2022

Une cause, un concept, une aventure


La cause

C'est l'association Vaincre Parkinson qui a eu la bonne idée d'organiser, à Pollionnay, au pied des Monts du Lyonnais, le premier Vaincre Parkinson Trail Tour.

Le tarif est très abordable, une partie des inscriptions est dédiée à la lutte contre la maladie de Parkinson, et avec le reste, la petite équipe d'organisation (sympathique, motivée et compétente) a fait des merveilles (notamment en terme de ravito, on y reviendra).

 

Le concept

La course s'appuie sur le concept de la Backyard qui consiste à accomplir le même tour de 6,7 km en 1 heure maximum, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un seul concurrent.

Ici le tour de 6,7 km compte quand-même 290 m de dénivelé positif, alors le temps imparti pour le parcourir est de 1h15, et le nombre de tours a été limité à 24, pour un maximum de 160 km en 30 heures donc.

Le jeu est de bien gérer son allure pour être économe tout en gardant assez de temps de pause entre chaque tour pour se ravitailler, se changer, etc...


 Les photos - le film - la trace


L'aventure

En 2022 je pars sur une saison bien structurée, avec des blocs d'entrainement ponctués de courses comme l'Hivernale des Coursières et le Trail des Cabornis. Alors que je cherchais une course pour début avril j'ai découvert cette nouveauté, une Backyard pour la bonne cause, près de Lyon, l'occasion était trop belle de me mesurer à ce format qui m'inspire autant de craintes que de fascination. Ni une ni deux, c'est cliqué, c'est planifié, en route pour l'aventure !!

Le week-end précédant la course était très printanier, beau, chaud, mais alors que je commence à préparer mes affaires et mes "stratégies", les prévisions météo du week-end de course nous annoncent un retour du froid, du vent... et de la neige ! Il va falloir ressortir les tenues d'hiver... Et voilà, samedi 2 avril, 8h00, Pollionnay est sous la neige, c'est dingue !

Quelques minutes avant le départ

Je suis venu avec Xavier, on a retiré notre dossard, retrouvé les copains de Kikouroù et une centaine d'autres coureurs, posé nos sacs dans un coin de la salle d'escalade, et avec 25 minutes de retard, à 9h25, le départ est donné ! On va enfin pouvoir se réchauffer dans la première montée.

Presque tout le monde a conscience du format de la course et ça part doucement (à deux ou trois exceptions près). Rien ne sert d'aller vite, 1h15 pour faire le tour c'est large, et compte tenu des conditions météo, il ne faut pas non plus avoir trop longtemps à attendre entre la fin d'un tour et le départ du suivant pour ne pas trop se refroidir. Autant dire que l'intensité de course permet largement de parler, et nous voici déjà en mode "off papotage Kikouroù" ! Ca permet de faire une revue des effectifs et des objectifs :

- Eric (rico69) : habitant Pollionnay, il est à domicile. Gêné par un TFL il envisage 5 tours.
- Patrice (marat 3h00 ?) : de suite dans le juste rythme, nous suivons ses pas, c'est pas le Coach pour rien. Il vise aussi 5 tours.
- Philippe (fildar) : la force tranquille même avec un seul bâton fonctionnel, il part pour 12 tours.
- Xavier (truklimb) : au moins 10 tours, le reste c'est du bonus... Il a gardé les pneus neige, rien ne peut lui arriver !
- Christian (xian) : inscrit au dernier moment pour voir, il part pour un tour après l'autre, après l'autre, après l'autre... attention il a un sacré potentiel, ça pourrait aller loin !
- Thierry (tidgi) : notre spécialiste de l'ultra et des 24 heures, indestructible, il part pour finir les 24 tours, et on croit tous en lui.
- et moi, je ne me suis pas fixé d'objectif, je veux découvrir et profiter, le plus longtemps possible.

Premiers pas d'une longue journée blanche

Ce premier tour me permet de découvrir le circuit et de prendre des repères chronométriques :
- premier km en côte, sommet en 13'
- chemin plus ou moins roulant avec quelques grosses flaques jusqu'à la Croix du Ban : 21'
- col de la Croix du Ban puis single joueur jusqu'au début de la descente : 31'
- la descente qui tue : raide et glissante, qu'est-ce que ça va être après plusieurs passages ?
- l'arbre mort : 37'
- le champ à découvert et la deuxième côte du parcours : 55'
- fin du tour en 1h01, timing idéal, à refaire à volonté !

La Croix du Ban

Le premier tour se termine dans la bonne humeur, mais on a tous eu chaud car le parcours est très peu exposé au vent. Il faut enlever une couche. Pour moi ce sera la deuxième : le t-shirt, et je garde la sous-couche, la veste thermique et la veste de pluie.

L'occasion de se rendre compte que 15 minutes de pause ce n'est pas du luxe, et ça repart pour un 2e tour !

A partir de là on va rester sur un rythme d'une heure au tour (il faut bien ça compte tenu des conditions un peu glissantes par endroits), avec ce quart d'heure de pause qui nous permet de profiter du ravito (pain d'épice, saucisson, fromage, et de plus en plus de bonnes choses au fil de la journée) et de quelques minutes au chaud dans la salle.

 

Une belle journée de printemps dans les Monts du Lyonnais

Au 5e tour, on ne s'en lasse pas de ce joli parcours, Eric et Patrice non plus, et ils choisissent de continuer pour un 6e tour. Chouette, plus on est de fous, plus on bavarde !

A la fin du 6e tour, cette fois ils arrêtent. Et moi j'ai faim (comme à chaque pause depuis de le début d'ailleurs). En plus ça fait quelques tous que j'ai repéré le gratin dauphinois dans la salle. Sauf que là, sur les tables du ravito, je découvre de succulentes pâtes de fruits et de coing, et toujours du pain d'épice ! Il est presque 17h00, je me fais donc un gros goûter avec un café, trop bon. Et la régalade n'est pas terminée, puisque à 18h00, après 7 tours, je craque pour ce fameux gratin, avec du poulet, servi par des organisateurs vraiment aux petits soins, ça fait beaucoup de bien. Reste qu'il faut manger vite car le 8e départ arrive.

Qui veut du gratin ??

Huits tours, ça commence à ressembler à quelque-chose de bien, et même si les jambes tirent un peu, on reste dans le rythme d'une heure au tour, avec le quart d'heure de pause que je vais cette fois utiliser pour me changer. Juste le haut, pas le temps pour le bas, et pas besoin non plus. Ca fait vraiment du bien de repartir au sec, et j'ai même un peu trop chaud en début de 9e tour avec ce premier kilomètre bien montant. D'ailleurs il semblerait que cette côte s'allonge et se raidisse à chaque tour... étonnant non ?

A la fin de ce 9e tour il est 20h30 et des gâteaux maison se sont invités sur la table. Le brownie est délicieux ! 

C'est pas tout ça mais il est l'heure d'allumer la frontale et de basculer en mode nuit. Je suis content car sans objectif précis sur cette course, j'avais quand-même des jalons de motivation, comme tenir jusqu'à la nuit. Parcourir 10 tours est aussi un jalon, donc pas de doute, je vais repartir pour au moins un tour, malgré des jambes qui commencent à bien couiner.

La nuit tombe sur Pollionnay... la neige aussi.

Mais dites-donc, 10 tours, c'est une barre tellement symbolique qu'il y a fort à parier que parmi les 26 coureurs encore en course, beaucoup vont s'arrêter là... pour le classement ça vaut le coup de faire un 11e tour ! Xavier est bien de cet avis aussi, Thierry, Christian et Philippe ne se posent même pas la question, il n'y a que mes jambes qui ne sont pas d'accord mais tant pis pour elles, nous repartons dans la nuit, la neige et le froid. En bonus, Spider-David nous a rejoint, sympa de le voir. Il ne pouvait pas être là plus tôt alors il a quand-même pris un dossard et est venu passer la nuit en course.

A 23h05 fin du bal pour moi, je termine ce 11e tour dans le dur, les douleurs qui montaient depuis un moment derrière le genou gauche et au-dessus de la cheville droite sont maintenant trop gênantes et inquiétantes pour continuer sereinement. J'aurais donc parcouru 73,7 km / 3200 mD+ en 13h34 en me classant 16e sur 103, ce qui me satisfait pleinement. Je vais donc célébrer ça avec du gratin et du brownie !

Xavier et Philippe boucleront un 12e et dernier tour, David aura fait le supporter toute la nuit auprès de nos deux super-machines, Thierry et Christian, qui iront jusqu'au bout des 24 tours (160 km), terminant 2e ex-æquo derrière le stratosphérique Romain de Terre de Running, magnifique performance !


Cette première édition du Vaincre Parkinson Trail Tour aura été une vraie réussite malgré les conditions météo difficiles. Des coureurs contents, 4700€ récoltés pour luter contre la maladie et une petite équipe d'organisation au top de bout en bout. De quoi leur donner envie, on l'espère, de remettre ça l'année prochaine. En tout cas moi ça m'a plu et j'en redemande !





 

 

 

 

 

 


vendredi 31 décembre 2021

Bilan 2021 et regards sur 2022

Année compliquée finie en beauté

Bien sûr, c'est encore la pandémie de Covid qui a compliqué cette année 2021, mais pas que.
Après un premier semestre sans dossard, j'ai tenté de prendre ma revanche sur l'Echappée Belle Traversée Nord, mais malheureusement je n'ai pas pu (ou su) avoir une préparation physique à la hauteur.
L'automne a été placé sous le signe de la route, sur semi, puis marathon, avant de remettre un peu de trail pour l'apothéose sur la SaintéLyon où, inscrit au dernier moment, j'ai fait une course solide qui conclue de belle manière cette année un peu chaotique sportivement.
Côté off, gros coup de cœur pour le Big Off Monts du Lyonnais mi-octobre, qui vaut largement une course, entre copains.

 

Prévisions

Il y avait l'espoir de pouvoir remettre des dossards en 2021, et notamment pour l'Ultra Pilatrail que je comptais bien affronter début juin, avant qu'il ne soit annulé. Puis l'objectif majeur de l'année était de finir l'Echappée Belle Traversée Nord fin août, en ayant si possible fait au moins un trail de montagne quelques semaines plus tôt.
Enfin, le deuxième semestre devait se terminer par l'aller-retour Firminy - Le Puy - Firminy que nous n'avons pas pu réaliser en 2020.


Réalisations

En chiffres ça donne :

2086 km pour 51979 mD+
Dont 179 km pour 5897 mD+ en compétition

4 courses :
    Echappée Belle Traversée Nord 37k (montagne)
    Run In Lyon semi-marathon 21k (route)
    Plus vite que le Cancer marathon 42k (route)
    SaintéLyon 78k (trail)


Et par rapport aux prévisions ?


Finir un bel ultra :

NON !

Le Pilatrail ayant été annulé, il me restait le gros et beau morceau de l'Echappée Belle Traversée Nord, où je comptais bien faire mieux que mon abandon de 2020 à Val Pelouse. Cette année le début du parcours changeait avec un passage aussi réjouissant que terrifiant au Col de la Valloire qui m'en a mis plein les yeux, et malheureusement aussi plein les pattes. Payant mon manque de préparation, j'ai abandonné à Super Collet, encore plus tôt que l'an dernier, mais bien plus atteint physiquement.


Revenir sur le Run In Lyon :

OUI !

Ce n'était pas vraiment prévu au début de l'année, et puis une telle manifestation n'avait pas beaucoup de chances d'être maintenue à cause de la pandémie. J'avais quand-même dans un coin de la tête l'envie de revenir faire un chrono sur le Run In Lyon début octobre, 10 ans après mes débuts en course à pied. Trop proche de l'EB, il n'était pas raisonnable de s'aligner sur le marathon. Tenté dans un premier temps par le 10 km, distance que je n'ai plus courue en course depuis des années, j'ai finalement opté pour le semi-marathon car Claire avait choisi de faire sont retour sur cette distance. La prépa fut condensée en septembre mais plutôt bonne. Malgré ça je n'ai pas réussi à battre mon record, celui qui me semble déjà le plus dur à battre, et avec le vent qu'on a eu le jour de la course c'était impossible, mais j'ai tenté jusqu'au bout !

Et comme refaire de la route m'a donné envie de tenter mon record sur marathon, j'ai profité de la course virtuelle plusvitequelecancer pour m'y attaquer. Encore raté, mais sans regrets, ça m'a plu de tourner à Parilly pendant plus de trois heures et demi pour la bonne cause.


Finir l'année en beauté sur un raid :

OUI !

Ce n'était pas le raid prévu, mais c'était bien !
En effet le projet depuis 2020 est de faire l'aller-retour Firminy - Le Puy - Firminy avec quelques copains. Mais cette année encore, la course a été annulée. Je n'arrivais pas à me faire à l'idée de ne pas terminer l'année sur un gros raid, et finalement, il ne restait que la SaintéLyon. J'avais peur qu'elle soit annulée alors je m'y suis inscrit au dernier moment, et j'ai bien fait de m'inscrire, car non seulement la course a eu lieu, mais en plus on a eu droit à la blancheur de la neige sur les hauteurs, et j'ai eu le bonheur de conclure en beauté ma saison en terminant ma 4e SaintéLyon en à peine plus de dix heures et demi.


Partager de bons moments en off :

OUI !

Encore et toujours OUI ! Même s'il n'y en a pas eu beaucoup pour moi cette année, les offs avec les copains de Kikouroù sont toujours des moments privilégiés de sport et de camaraderie.
Du "off des 10 ans" au dernier petit tour à Messimy, ils ont tous eu lieu dans les Monts du Lyonnais. Mais celui qui restera de loin le plus marquant, c'est le Big Off organisé par David et Eric pour une journée magnifique de 61 km et 3500 mD+ dans nos monts préférés.


Des sorties en solo en France et dans le Monde:

OUI !

Enfin j'ai pu repartir à l'étranger, et y poser mes baskets ! D'abord au mois de juin en Andalousie avec quelques petits runs bien sympa et variés (à Calp, dans la Sierra Nevada, au Parque Ardales, au Puerto de Santa María, le tout en vidéo), puis début décembre à Zanzibar !

En France je me suis bien amusé aussi. J'ai fait une petite traversée du Pilat, croyant encore à cette époque que le Pilatrail aurait lieu. J'ai aussi pris l'air en Provence, à Lourmarin et à Buis-les-Baronnies. Et plus près de chez moi, j'ai décliné le marathon en trois façons : urban trail, carrément trail, ou à plat le long des fleuves.


Ne pas délaisser mes autres sports préférés :

Bah si, je les ai un peu délaissés : pas de snow, pas de vélo de route cette année. Allez, je me rattrape avec un autre sport que j'adore, le snorkeling, à Zanzibar, c'est bonnard !

 


Regards sur 2022

Enfin l'Hivernale des Coursières est de retour le 9 janvier 2022 ! J'espère bien y participer, mais j'ai ramené une petite infection à l'orteil de Zanzibar qui me met un peu le doute, et a retardé ma reprise de l'entrainement. Croisons les doigts (de pied).

Au rayon des grands retours en 2022, il y a le off 100% urban trail du LUR : le Lurdunum ! Obligé que j'en sois !

Ensuite, pour rentrer dans le vif de la saison, et pour préparer les futures grosses échéances, je me suis inscrit au Trail des Cabornis, un bon maratrail dans les Monts d'Or dès le 6 mars.

Les grosses échéances du premier semestre auront lieu au mois de mai, mais je n'ai pas encore vraiment décidé entre : l'Ultra des Coursières, le GR73... ou les deux !

Après des vacances en juin, qui m'empêcheront de participer au Pilatrail, je viserai un gros morceau en montagne en août, et forcément, je ne vois pas comment je pourrais me convaincre de ne pas re-re-tenter ma chance sur l'Echappée Belle Traversée Nord. Il faudrait que j'arrive à caser un ou deux trails de prépa en montagne mi-juillet et/ou début août, ça serait bien.

Et pour la fin de l'année, bien sûr on ne lâche rien et on espère pouvoir enfin faire ce fameux aller-retour Firminy - Le Puy - Firminy.



Etes-vous prêts pour la nouvelle ânée ?
Bonne année 2022 !!